La rupture du ligament croisé crânial est une des causes les plus fréquentes de boiterie d’une patte arrière chez le chien. Elle survient le plus souvent au terme d’une usure lente du ligament, bien plus rarement après un choc isolé [1].

Mon chien boite d’une patte arrière : est-ce le ligament croisé, et faut-il l’opérer ? Seul l’examen du genou par votre vétérinaire permet de le dire. S’il ne pose plus du tout la patte, souffre visiblement ou a le genou très gonflé, consultez rapidement ; de la même manière : une boiterie qui va et vient justifie un rendez-vous dans les prochains jours. En attendant, limitez son activité : laisse courte, ni sauts ni courses. Si la rupture est confirmée, la chirurgie est le traitement de référence, surtout chez le chien de taille moyenne ou grande ; chez le petit chien, ou quand l’opération n’est pas possible, une prise en charge sans chirurgie peut être discutée avec votre vétérinaire [1;7].

Cet article présente les signes à surveiller, ce qu’il faut faire avant la consultation, les gestes utiles à la maison, les causes et les chiens les plus exposés, puis les examens, les traitements et les étapes de la convalescence.

Les signes à surveiller

Le ligament croisé crânial (équivalent du ligament croisé antérieur chez l’humain) empêche le tibia de glisser vers l’avant sous le fémur. Quand il se rompt, le genou devient instable et douloureux [1].

Schéma du genou d'un chien montrant le ligament croisé crânial intact puis rompu, tibia glissé vers l'avant
Sans ligament croisé, le tibia glisse vers l’avant à chaque appui : c’est ce que recherche le vétérinaire avec le signe du tiroir.

Consultez rapidement si votre chien :

  • ne pose plus du tout sa patte arrière, même à l’arrêt ;
  • montre une douleur vive quand il bouge ou quand on touche le genou ;
  • a un genou nettement gonflé.
Chien qui boite d'une patte arrière, signe fréquent d'une rupture du ligament croisé chez le chien

Prenez rendez-vous dans les prochains jours si vous observez :

  • une boiterie d’une patte arrière qui va et vient, plus marquée après l’effort ou le repos [1] ;
  • des difficultés à se relever ou à sauter, par exemple dans la voiture [1] ;
  • une cuisse qui paraît plus fine que l’autre, signe d’une fonte des muscles [1] ;
  • un claquement entendu au niveau du genou pendant la marche [1].

Une boiterie qui semble s’améliorer seule justifie quand même un examen : sans traitement, l’arthrose du genou progresse [1].

Que faire si vous suspectez une rupture du ligament croisé

Entre les premiers signes et la consultation, quelques gestes aident votre vétérinaire et protègent le genou :

  • Limitez l’activité : sorties en laisse courte, pour les besoins seulement ; pas de course, de saut, de jeu brutal ni d’escaliers si vous pouvez les éviter.
  • Filmez la boiterie : une courte vidéo de votre chien qui marche et qui se relève est utile, car la boiterie peut ne pas être présente le jour de la consultation.
  • Notez l’histoire : depuis quand il boite, si cela a commencé d’un coup ou progressivement, si la boiterie varie avec l’effort.

Ne lui donnez aucun médicament humain contre la douleur, même un anti-inflammatoire courant : certains sont toxiques pour le chien, et votre vétérinaire choisira un traitement adapté.

Si votre chien ne pose plus du tout la patte ou souffre visiblement, n’attendez pas : revoyez les signes qui imposent une consultation rapide, plus haut.

Que pouvez-vous faire à la maison ?

Que votre chien soit opéré ou non, le rôle du propriétaire est central pendant plusieurs semaines. Les recommandations de rééducation prévoient 8 à 12 semaines sans course, saut, jeu brutal ni demi-tour serré, quel que soit le traitement choisi [7].

  • Surveiller le poids. Le surpoids fait partie des facteurs favorisants de la rupture et charge le genou pendant la convalescence [1]. Si votre chien est trop gros, demandez à votre vétérinaire un plan de perte de poids : une alimentation adaptée, associée aux exercices, aide aussi à préserver les muscles [7].
  • Sécuriser la maison. Tapis antidérapants sur les sols glissants, barrière devant les escaliers, pas d’accès au canapé ou au lit ; un harnais ou une sangle passée sous le ventre aide à le soutenir dans les premiers jours et évite glissades et chutes [3;7].
  • Suivre le programme d’exercices. La rééducation repose sur des promenades en laisse progressivement allongées et sur des exercices simples, comme se relever depuis la position assise, que votre vétérinaire ou un physiothérapeute vétérinaire vous montre et adapte au fil des semaines [7]. La régularité compte plus que l’intensité : un programme suivi chaque jour, réajusté lors des contrôles, donne de meilleurs résultats qu’un effort ponctuel [7]. La nage ne reprend qu’après la levée des restrictions [7].
  • Suivre l’arthrose sur la durée. Le genou atteint développe de l’arthrose, plus lentement après une chirurgie [1;3]. Une raideur au lever, une boiterie après les longues promenades ou par temps froid sont des signes à signaler lors des visites de suivi.
  • Surveiller l’autre genou. Chez 40 à 60 % des chiens atteints d’un côté, l’autre genou est touché à son tour, souvent dans les 12 à 18 mois [1]. Une nouvelle boiterie, même légère, de l’autre patte arrière justifie un rendez-vous.

Pourquoi le ligament croisé se rompt-il ?

Chez le chien, la rupture est rarement le fait d’un seul traumatisme : le plus souvent, le ligament s’abîme lentement, sur une longue période, avant de céder [1]. La rupture peut être partielle ou complète [2].

Plusieurs facteurs augmentent le risque :

  • La race. Le rottweiler, le terre-neuve et le labrador sont les plus cités, avec une part génétique documentée chez les deux derniers [1]. Une étude britannique portant sur 1 000 chiens atteints retrouve aussi un risque accru chez le bichon frisé et le westie : les petites races ne sont pas épargnées [4].
  • L’âge. Le risque est le plus élevé entre 6 et 9 ans dans cette même étude [4].
  • La stérilisation. Les chiens stérilisés, mâles comme femelles, y sont plus souvent touchés que les femelles non stérilisées [4].
  • Le surpoids et le manque de condition physique fragilisent le genou [1].
  • La conformation du membre, c’est-à-dire la forme et l’angle des os du genou [1]. Une luxation de la rotule (rotule qui sort de sa gouttière) est parfois associée.

Diagnostic et traitements mis en œuvre par le vétérinaire

Les examens

Le diagnostic repose d’abord sur la palpation du genou. Votre vétérinaire recherche un mouvement anormal du tibia vers l’avant, appelé signe du tiroir, ou poussée tibiale [1].

Vétérinaire examinant le genou d'un chien pour rechercher une rupture du ligament croisé
Le diagnostic repose d’abord sur la palpation du genou, à la recherche d’un mouvement anormal du tibia.

Des radiographies du genou complètent l’examen, mais ne suffisent pas seules au diagnostic [1]. Elles permettent aussi de mesurer la pente du tibia, qui oriente le choix de la technique si une chirurgie est décidée [2]. Le ménisque (coussinet amortisseur du genou) peut être lésé en même temps [1;3].

La chirurgie, traitement de référence

L’opération ne remplace pas le ligament : elle rend le genou stable sans lui [2]. Les techniques se rangent en deux familles [1;2].

Les techniques qui modifient la forme du tibia (ostéotomies). Sans ligament, le tibia glisse vers l’avant à chaque appui, parce que le fémur repose sur un plateau tibial incliné. Ces chirurgies corrigent cette inclinaison, ou la force qui en résulte, pour que le genou reste stable sans ligament [2] :

  • la TPLO : le chirurgien fait une coupe en arc de cercle en haut du tibia, fait pivoter ce fragment pour mettre le plateau à plat, puis le fixe par une plaque et des vis [1;3] ;
  • la TTA : une coupe en long à l’avant du tibia permet d’avancer la partie de l’os où s’attache le tendon de la rotule ; l’os est maintenu par une cale, une plaque et des vis [1] ;
  • la CBLO, plus récente, proche de la TPLO mais avec une coupe placée ailleurs, est utile chez le jeune chien encore en croissance [1].

Beaucoup de chirurgiens préfèrent ces techniques chez le grand chien actif, certains aussi chez le petit chien. Toutes demandent plusieurs semaines de repos strict, le temps que l’os consolide [1].

Les techniques qui reprennent le rôle du ligament (stabilisations). Un fil très résistant est placé à l’extérieur de l’articulation, dans l’axe du ligament rompu : c’est la suture latérale, dite aussi fabello-tibiale. Il maintient le genou le temps que l’organisme forme un tissu cicatriciel solide autour de l’articulation [1;2]. Une variante fixe le fil dans des tunnels creusés dans le fémur et le tibia, pour un placement plus précis et une meilleure solidité [1]. Ces implants résistent moins bien chez le chien lourd ; leurs principales complications sont la rupture du fil et l’arthrose, et ils conviennent moins au chien grand et jeune [1;2].

D’autres chirurgies visent à remplacer directement le ligament ou à renforcer la capsule du genou [3]. Le choix dépend notamment de la pente du tibia, de l’état du genou (arthrose, atteinte des deux côtés, rupture partielle) et du chien lui-même [2].

Une nette amélioration est rapportée chez 85 à 90 % des chiens opérés, toutes techniques confondues [1]. Pour la TPLO, plus de 95 % des résultats sont jugés excellents ou bons, avec environ 15 % de complications, surtout des infections de la plaie [2]. L’arthrose progresse plus lentement après la chirurgie qu’avec un traitement médical seul, sans disparaître [1;3].

La prise en charge sans opération

Elle associe le repos contrôlé, un traitement contre la douleur et l’inflammation prescrit par votre vétérinaire, le contrôle du poids et un programme de rééducation d’au moins 3 à 6 mois [1;7]. Les 8 à 12 premières semaines ressemblent à celles d’un chien opéré : sorties en laisse, pas de saut ni de course, exercices simples à la maison. Viennent ensuite des exercices de renforcement progressifs, et parfois des séances de marche sur tapis dans l’eau chez un physiothérapeute vétérinaire, qui musclent la cuisse en ménageant l’articulation [7].

Elle peut être discutée chez le petit chien. Dans une étude sur 17 chiens de moins de 10 kg, les deux voies amélioraient la boiterie en 12 semaines, mais seuls les chiens opérés retrouvaient de la masse musculaire et une douleur quasi nulle [6]. Elle se discute aussi quand l’opération n’est pas possible, par exemple chez un chien âgé ou atteint d’une autre maladie : au Royaume-Uni, près d’un chien sur quatre est ainsi traité sans chirurgie en médecine générale [4].

Ses limites sont à connaître : chez certains chiens, la boiterie persiste des mois, voire durablement, et les résultats sont moins réguliers qu’après chirurgie [7]. Chez le grand chien, aucune étude solide ne permet de comparer les deux voies de façon fiable [5]. La décision se prend donc avec votre vétérinaire, selon le poids, l’âge, l’activité et l’état général de votre chien.

Le coût

Le coût dépend du gabarit du chien, de la technique choisie et des examens nécessaires [3].

Le coût
ActeCoût
Consultation et examen orthopédique50 à 100 €
Radiographies du genou50 à 120 €
Chirurgie, hospitalisation comprise1 200 à 2 500 € selon la technique
Radiographie de contrôle après l’opération50 à 120 €
Physiothérapie : bilan initial80 à 120 €
Physiothérapie : séance de suivi45 à 70 €

Fourchettes indicatives, constatées en septembre 2026 ; votre vétérinaire vous remettra un devis adapté.

Votre vétérinaire est le meilleur interlocuteur pour vous donner une estimation adaptée à votre situation.

La convalescence, étape par étape

Chien en convalescence après une opération du ligament croisé, promené en laisse courte avec un harnais
Pendant 8 à 12 semaines, les sorties se font en laisse courte, sans saut ni course.
  • Les premiers jours. Après une TPLO, le chien rentre généralement à la maison dans les 24 à 48 heures [2;3]. Le froid appliqué sur le genou et les mouvements doux de l’articulation, montrés par l’équipe vétérinaire, limitent la douleur et le gonflement [7].
  • Jusqu’à 8 semaines environ. Repos strict, sorties en laisse pour les besoins [2]. Si l’évolution est bonne, de courtes promenades en laisse peuvent reprendre à partir de la 4e semaine, sur avis du vétérinaire [2].
  • Vers 6 à 8 semaines. Une radiographie de contrôle vérifie la consolidation de l’os avant d’élargir l’activité [3].
  • Entre 8 et 12 semaines. Fin des principales restrictions ; les exercices se renforcent (pentes douces, marches, parcours) [3;7].
  • Vers 3 à 4 mois. La plupart des chiens retrouvent une activité normale [3].

Si la récupération est plus lente que prévu, des séances de physiothérapie, notamment d’hydrothérapie, peuvent être proposées [2;3].

Contactez votre vétérinaire sans attendre le prochain contrôle si la plaie rougit, gonfle ou coule, si votre chien cesse à nouveau de poser la patte, ou s’il semble plus douloureux d’un jour à l’autre : infection, problème de consolidation ou lésion du ménisque font partie des complications possibles [2;3].

Les durées varient selon la technique et le chien : votre vétérinaire les adapte à chaque contrôle.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon chien a une rupture des ligaments croisés ?

Le signe le plus courant est une boiterie d’une patte arrière, parfois brutale, parfois intermittente, avec difficulté à se relever. Seul l’examen du genou par un vétérinaire, complété si besoin par des radiographies, permet de confirmer la rupture [1].

Comment soigner un ligament croisé chez un chien ?

Le traitement de référence est chirurgical : il stabilise le genou sans remplacer le ligament. Une prise en charge sans opération, fondée sur le repos, les antidouleurs, le contrôle du poids et la rééducation, peut être discutée dans certains cas [1;7].

Est-il possible de traiter une rupture du ligament croisé chez un chien sans opération ?

Oui, chez certains chiens, surtout de petit gabarit, ou quand l’opération n’est pas possible. Il faut compter au moins 3 à 6 mois de rééducation, et la boiterie peut persister chez certains [6;7]. Parlez-en avec votre vétérinaire.

Quel est le prix d’une opération des ligaments croisés chez un chien ?

Il varie selon le poids du chien, la technique et la structure qui opère. Le tableau des coûts, plus haut, donne des fourchettes indicatives ; seul un devis de votre vétérinaire vous donnera le montant exact. Comptez entre 1 200 et 2 500 € selon la technique, hospitalisation comprise (fourchette constatée en septembre 2026).

Comment renforcer le ligament croisé d’un chien ?

Une fois rompu, le ligament ne se renforce pas : les traitements visent à stabiliser le genou sans lui [2]. En revanche, garder votre chien à un poids normal et lui assurer une activité physique régulière réduit les facteurs de risque, y compris pour l’autre genou [1]. Après une rupture, la rééducation renforce les muscles qui stabilisent le genou [7].

Est-ce qu’une radiographie peut détecter une rupture du ligament croisé chez un chien ?

Pas à elle seule : la radiographie complète l’examen du genou, sur lequel repose d’abord le diagnostic [1]. Elle aide aussi à préparer une éventuelle chirurgie [2].

Combien de temps dure la convalescence après une opération des ligaments croisés chez un chien ?

Comptez environ 8 à 12 semaines de restrictions, et 3 à 4 mois avant un retour à une activité normale pour la plupart des chiens [2;3].

Comment se passe l’opération des ligaments croisés ?

Le chien est opéré sous anesthésie générale. Le chirurgien stabilise le genou, par exemple en modifiant l’angle du tibia (TPLO) et en le fixant par une plaque. Le chien rentre généralement chez lui dans les 24 à 48 heures [2;3].

Consulter un vétérinaire

Une boiterie d’une patte arrière qui dure plus de quelques jours, ou qui revient, mérite un examen du genou. Votre vétérinaire vous orientera si besoin vers un confrère qui pratique la chirurgie orthopédique. Pour trouver un vétérinaire près de chez vous : l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires.

Références complètes

  1. Cranial Cruciate Ligament Disease (CCL), American College of Veterinary Surgeons (ACVS). https://www.acvs.org/small-animal/cranial-cruciate-ligament-disease/
  2. TPLO chez le chien, CHV Frégis. https://www.fregis.com/infos-sante/tplo-chez-chien/
  3. TPLO chien : opération ligament croisé chien, convalescence, rééducation, AniCura France. https://www.anicura.fr/nos-prestations/chien/tplo/
  4. Risk factors for unilateral cranial cruciate ligament rupture diagnosis and for clinical management in dogs under primary veterinary care in the UK, C. Pegram, D.C. Brodbelt, K. Diaz-Ordaz, Y. Chang, A. Frykfors von Hekkel, D.B. Church, D.G. O’Neill (2023), The Veterinary Journal (Elsevier). https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1090023323000035
  5. In canine cranial cruciate ligament disease, are conservative treatment and lateral fabellotibial suture recoveries comparable?, T. Mapuvire (2023-05), Veterinary Evidence. https://veterinaryevidence.org/index.php/ve/article/download/612/865?inline=1
  6. Short-term outcomes of cranial cruciate ligament rupture treated surgically with tibial plateau leveling osteotomy or non-surgically in small-breed dogs weighing less than 10 kg, I. Kwananocha et al. (2024), The Journal of Veterinary Medical Science. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11061578/
  7. Recovery and rehabilitation for cruciate ligament disease in dogs, M. Drum, Royal Canin Academy. https://academy.royalcanin.com/en/veterinary/copy-of-recovery-and-rehabilitation-for-cruciate-ligament-disease-in-dogs