La vermifugation du cheval a longtemps suivi un calendrier fixe, identique pour tous. Cette pratique a favorisé les parasites résistants, et les recommandations actuelles lui préfèrent une vermifugation raisonnée, décidée cheval par cheval et groupe par groupe [1;2].
Faut-il vermifuger son cheval à dates fixes ? Non. Chez la plupart des chevaux adultes, l’immunité freine le développement des parasites, et tous n’ont pas besoin d’être traités. Votre vétérinaire décide à partir de coproscopies (comptage des œufs de parasites dans le crottin) répétées pendant la saison de pâture : seul le cheval qui dépasse 200 œufs par gramme de crottin est vermifugé [1]. Les poulains, les jeunes chevaux, les juments à la reproduction et les nouveaux arrivants suivent des règles à part.
Un cheval qui maigrit, a la diarrhée ou des coliques doit être vu par un vétérinaire, sans attendre le prochain traitement prévu.
Voici les signes d’alerte, les parasites en cause, l’origine des résistances, la démarche avec le vétérinaire, le calendrier par saison et les cas particuliers.
Les signes qui doivent faire consulter
Appelez votre vétérinaire rapidement si votre cheval présente :
- une diarrhée soudaine qui dure, avec ou sans fièvre, coliques ou perte de poids, surtout chez un cheval jeune : une forme grave liée aux petits strongles peut être mortelle [1] ;
- des coliques chez un poulain ou un jeune cheval : une forte infestation par les ascaris peut aller jusqu’à la rupture de l’intestin [4].
Prenez rendez-vous dans les prochains jours si vous observez :
- un amaigrissement sans cause évidente, ou une baisse de forme et de performance [3;7] ;
- un poulain qui maigrit ou grandit moins bien que les autres [7] ;
- un cheval qui se frotte la queue et l’arrière-train, signe possible d’oxyures [7].
La coproscopie mesure les œufs émis : elle ne diagnostique pas une maladie [2].
Les parasites internes du cheval
Le cheval se contamine surtout en broutant l’herbe, où vivent les larves des parasites [7].
Les petits strongles (cyathostomes) sont les parasites les plus fréquents : ils représentent plus de 90 % des œufs de strongles retrouvés à la coproscopie [7]. Ils provoquent diarrhée et amaigrissement, surtout chez les jeunes de moins de 3 ans. Leurs larves peuvent s’enkyster dans la paroi de l’intestin puis en sortir en masse : c’est la cyathostomose larvaire, qui touche surtout les chevaux de moins de 7 ans [1].
Les grands strongles, dont Strongylus vulgaris, sont devenus rares, mais leurs larves migrent dans les artères de l’intestin et peuvent provoquer des coliques graves, voire une mort brutale [1;7]. Leurs œufs ne se distinguent pas de ceux des petits strongles au microscope : seule une coproculture (mise en culture des œufs pour identifier les larves) permet de les repérer [1].
Les ascaris (Parascaris) touchent surtout les poulains et les jeunes, qui ne s’immunisent qu’entre 6 mois et 2 ans. Leurs œufs résistent plusieurs années dans les pâtures [4].
Les ténias peuvent provoquer des coliques. Leurs œufs sont émis de façon irrégulière : une coproscopie négative ne prouve pas qu’un cheval n’en porte pas [7].
Les gastérophiles, larves de mouche avalées avec les œufs collés sur les poils, sont peu pathogènes [2;7]. Les oxyures provoquent surtout des démangeaisons autour de l’anus [7].
Pourquoi un calendrier fixe fait monter les résistances
Chaque traitement tue les parasites sensibles ; les survivants, résistants, transmettent cette résistance à leur descendance [7]. Le sous-dosage et l’usage trop fréquent des vermifuges sont probablement les deux principales causes des résistances actuelles [1].
Traiter moins souvent les chevaux qui excrètent peu d’œufs conserve dans le pré des parasites encore sensibles, appelés refuge, qui diluent les résistants et ralentissent leur progression [1;3].
Contre les vers ronds, trois familles de molécules seulement existent : benzimidazoles, pyrantel et lactones macrocycliques [3;7]. En France en 2016, les petits strongles résistaient très souvent aux benzimidazoles, modérément au pyrantel, rarement aux lactones macrocycliques, et les ascaris à ces dernières [7]. Depuis, la résistance des petits strongles aux lactones macrocycliques apparaît dans près d’un quart des études publiées [6]. Une résistance installée ne régresse pas : il faut préserver les molécules encore efficaces [7].
La vermifugation raisonnée avec votre vétérinaire
Le principe. Seuls les chevaux adultes qui émettent plus de 200 œufs de strongles par gramme de crottin reçoivent un vermifuge ; les autres ne sont pas traités à ce moment-là [1]. Un cheval sous le seuil peut tout de même héberger des parasites, d’où la répétition des examens [1].
La coproscopie compte au microscope les œufs présents dans un échantillon de crottin. Elle ne distingue pas les œufs de petits et de grands strongles, et elle détecte mal les ténias [7]. Il faut en général 2 ou 3 boules de crottin frais par cheval, conservées au réfrigérateur une semaine au plus, à déposer au cabinet ou au laboratoire [7].
La coproculture, au moins une fois par an, recherche les grands strongles [1]. Limite connue de l’approche sélective : davantage de grands strongles ont été retrouvés dans les élevages qui la pratiquent. Quand des grands strongles sont présents, l’ESCCAP demande de traiter tous les chevaux au pré deux fois par an pendant au moins deux ans avant de revenir à l’approche sélective [1].
Le contrôle d’efficacité. Une seconde coproscopie, 14 jours après le traitement, mesure la baisse du nombre d’œufs : c’est le test de réduction de l’excrétion fécale des œufs [1;7]. Il dit si la molécule fonctionne encore dans votre structure.
Le choix du vermifuge dépend des parasites visés et des résistances connues localement. Les vermifuges sont des médicaments prescrits par le vétérinaire, et leur achat sur internet est interdit et dangereux [7].
Raisonner à l’échelle du groupe. Les chevaux d’un même pré se contaminent entre eux : la vermifugation se pense à l’échelle de l’écurie [7]. Pour un grand effectif, le vétérinaire peut proposer un bilan parasitaire et des coproscopies sur des mélanges de crottins par lot [5].
Calendrier de vermifugation du cheval adulte, saison par saison
Le tableau suit l’approche sélective de l’ESCCAP pour la première année. Les années suivantes, si la situation est stable, les coproscopies passent à trois par an [1].
| Période | Ce qui est fait | Quel cheval est vermifugé |
|---|---|---|
| Printemps (avril-mai), début de la pâture | 1re coproscopie | Chaque cheval au-delà de 200 œufs/g |
| Été et fin d’été (entre juin et septembre) | 2e et 3e coproscopies, réparties sur la saison | Chaque cheval au-delà de 200 œufs/g |
| Automne (octobre-novembre) | 4e coproscopie | Chaque cheval au-delà de 200 œufs/g |
| Une fois dans l’année | Coproculture pour rechercher les grands strongles | Selon le résultat, avec votre vétérinaire |
| Fin d’automne, hiver | Traitement contre les ténias, si le vétérinaire le juge utile | Les chevaux porteurs |
| Fin d’année | Vermifugation avec une molécule active sur les larves de grands strongles | Les chevaux qui n’ont pas été suivis pendant la saison |
Un cheval porteur de ténias ou de gastérophiles est traité contre eux, quel que soit son résultat en strongles [1].
Et le cheval au box ? La contamination se fait surtout en broutant, sauf pour les oxyures, qui se transmettent aussi au box [7]. Un cheval au box sans accès au pré est donc moins exposé aux strongles, pas aux oxyures. Aucune recommandation consultée ne propose de calendrier propre au box : la coproscopie reste la base de la décision.
Les cas particuliers
Les poulains
Exposés dès leurs premiers jours et lents à s’immuniser, les poulains sont vermifugés de façon systématique : le seuil de 200 œufs/g ne s’applique pas à eux [4].
- Avant 2 mois, pas de vermifugation systématique, sauf diarrhée due à Strongyloides westeri, un parasite transmis par le lait de la jument [4].
- De 2 à 6 mois, la cible principale est l’ascaris, avec un traitement tous les 2 à 3 mois. Les lactones macrocycliques sont évitées avant 6 mois, car les ascaris leur résistent souvent, et la moxidectine ne s’utilise pas avant 4 mois [4].
- Vers 6 mois, une coproscopie indique si les ascaris ou les petits strongles dominent, pour choisir la molécule [4].
- De 6 à 12 mois, les petits strongles deviennent la cible, avec un traitement tous les 3 mois et un traitement contre les ténias à l’automne [4].
Chez un poulain très infesté, un vermifuge efficace peut provoquer un bouchon de vers morts dans l’intestin [2], d’où un protocole décidé avec le vétérinaire.
Les juments à la reproduction
La poulinière suit les principes de l’adulte. Un vermifuge au printemps, et le traitement des juments qui excrètent beaucoup d’œufs, limitent l’infestation des poulains [4]. Contre Strongyloides westeri, un traitement de la jument avant le poulinage n’est pas systématique : il se discute seulement dans les élevages où ce parasite pose des problèmes répétés [4;7].
Les jeunes chevaux
Jusqu’à 3 ou 4 ans, très sensibles aux petits strongles, les chevaux sont vermifugés de façon systématique, 3 à 4 fois par an [1;2;7].
Les chevaux âgés
Chez certains chevaux âgés, notamment atteints du syndrome de Cushing équin, l’excrétion d’œufs remonte [2] : le suivi par coproscopie est maintenu.
Les ânes
Les ânes suivent les mêmes protocoles que les chevaux. Souvent porteurs sans signes, ils peuvent servir de réservoir de parasites pour les chevaux qui partagent leur pré [7].
Le nouvel arrivant
Un cheval dont on ne connaît pas le statut parasitaire passe par une quarantaine : coproscopie et vermifugation si nécessaire avant de rejoindre le groupe, puis mise au pré après une coproscopie de contrôle [1;7].
Ce que vous pouvez faire
- Connaître le poids de votre cheval, avec un ruban de pesée ou l’outil gratuit de l’IFCE, avant chaque traitement : le sous-dosage favorise les résistances [1;7].
- Ramasser les crottins au pré, idéalement chaque jour, à défaut au moins deux fois par semaine [1]. C’est l’une des mesures les plus efficaces [7].
- Ne pas épandre de fumier non composté ni surcharger les parcelles, où les chevaux finissent par brouter près des crottins [2;7].
- Alterner le pâturage avec des bovins ou des ovins quand c’est possible : la plupart des parasites du cheval ne se développent pas chez eux [7]. La grande douve fait exception [1].
- Ne pas changer de pâture juste après un traitement : le cheval y déposerait les parasites résistants qui ont survécu [7].
- Réserver les pâtures les plus saines aux poulains et aux jeunes, et ne pas les remettre chaque année sur le même pré, où s’accumulent les œufs d’ascaris [4].
- Nettoyer les boxes de poulinage à l’eau chaude (plus de 60 °C) sous pression [4].
Ces gestes complètent la vermifugation, sans la remplacer.
Questions fréquentes
Quel vermifuge à quelle période pour un cheval ?
Chez l’adulte, il n’y a pas de vermifuge attitré à chaque saison : la molécule dépend des parasites retrouvés à la coproscopie et des résistances connues dans votre structure [1]. Contre les ténias, le traitement se donne en fin d’automne ou en hiver ; contre les gastérophiles, en novembre [1]. C’est votre vétérinaire qui prescrit la molécule.
Quel est le protocole de vermifugation pour un cheval ?
Pour un adulte, l’approche sélective de l’ESCCAP prévoit quatre coproscopies entre avril-mai et octobre-novembre la première année, un traitement pour chaque cheval au-delà de 200 œufs/g, une coproculture annuelle et un contrôle d’efficacité après traitement [1]. Les poulains, les jeunes et les juments suivent des protocoles propres (voir les cas particuliers).
Quels sont les signes qu’un cheval a des vers ?
Souvent aucun : un adulte peut porter des parasites sans signe visible. Selon les parasites, on peut observer un amaigrissement, une diarrhée, des coliques, des démangeaisons de la queue, ou chez le poulain une croissance ralentie [3;7]. Une diarrhée brutale ou des coliques justifient un appel rapide au vétérinaire.
Combien de fois par an faut-il vermifuger un cheval ?
Cela dépend de l’âge. Un adulte n’est vermifugé que lorsque sa coproscopie dépasse 200 œufs/g, plus un traitement de fin d’année s’il n’a pas été suivi [1]. Les jeunes de 1 à 3 ou 4 ans sont traités 3 à 4 fois par an, les poulains plus souvent encore [4;7].
Quel est le délai recommandé entre deux vermifuges ?
Chez l’adulte, il n’y a pas de délai fixe : c’est la coproscopie suivante qui décide. Les œufs de petits strongles réapparaissent aujourd’hui environ 5 semaines après un traitement par lactone macrocyclique, contre 8 à 16 semaines dans les années 1990 [2;6] : un traitement protège le pré moins longtemps qu’avant. Chez le poulain, les traitements sont espacés de 2 à 3 mois avant 6 mois, puis de 3 mois [4].
Que se passe-t-il si je donne trop de vermifuge à mon cheval ?
En cas de dose trop forte, d’erreur de produit ou de traitement d’un poulain trop jeune, contactez votre vétérinaire sans attendre. Certaines molécules ne s’emploient pas chez le jeune poulain : la moxidectine, par exemple, ne s’utilise pas avant 4 mois [4]. À lire aussi : les risques de l’automédication.
Quel est le meilleur moment pour donner un vermifuge ?
Chez l’adulte, au moment où la coproscopie le justifie, pendant la saison de pâture [1]. Évitez de changer le cheval de pâture juste après le traitement [7].
Quel est le vermifuge naturel le plus puissant ?
Aucun remède à base de plantes ou « naturel » n’a démontré d’efficacité contre les parasites internes du cheval [2]. Les mesures sans médicament qui ont fait leurs preuves sont l’hygiène des pâtures et le ramassage des crottins [7].
Quels sont les effets secondaires possibles des vermifuges sur les chevaux ?
Chez un poulain très infesté, un vermifuge efficace peut provoquer un bouchon de vers morts dans l’intestin [2]. Certaines molécules sont interdites chez le jeune poulain, comme la moxidectine avant 4 mois [4]. Au moindre signe anormal après un traitement, contactez votre vétérinaire.
Consulter un vétérinaire
Le plan de vermifugation de votre cheval ou de votre écurie se construit avec votre vétérinaire, qui interprète les coproscopies et choisit les molécules. Pour en trouver un près de chez vous : l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires.
Références complètes
- GL8: A guide to the treatment and control of equine gastrointestinal parasite infections (2019-03), ESCCAP. https://www.esccap.org/guidelines/gl8/
- AAEP Internal Parasite Control Guidelines (2024), American Association of Equine Practitioners (AAEP). https://aaep.org/wp-content/uploads/2024/05/Internal-Parasite-Guidelines_Updated.pdf
- Parasite Control in Horses, MSD Veterinary Manual. https://www.msdvetmanual.com/management-and-nutrition/preventative-health-care-and-husbandry-of-horses/parasite-control-in-horses
- Vermifugation des poulains, IFCE, équipédia. https://equipedia.ifce.fr/sante-et-bien-etre-animal/soin-prevention-et-medication/prevention/vermifugation-des-poulains
- Mise en pratique d’une vermifugation raisonnée en clientèle équine (2018-01), Pratique Vétérinaire Équine n° 197. https://www.lepointveterinaire.fr/publications/pratique-veterinaire-equine/article/n-197/mise-en-pratique-d-une-vermifugation-raisonnee-en-clientele-equine.html
- Anthelmintic resistance in equine nematodes: Current status and emerging trends (2022-12), International Journal for Parasitology: Drugs and Drug Resistance (Elsevier). https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211320722000264
- Une vermifugation raisonnée pour limiter les résistances, F. Marduel, P. Doligez, I. Barrier, A. Bassaler (2016), IFCE. https://www.haras-nationaux.fr/fileadmin/bibliotheque/Equipaedia/autres_docs_des_fiches/IFCE_-_Depliant_vermifuge_6_volets_VF.pdf
