Un chien qui saigne du nez présente une épistaxis, c’est-à-dire un écoulement de sang par une narine ou par les deux. Le saignement n’est qu’un signe : la question utile n’est pas de savoir comment l’arrêter, mais d’où il vient. Une narine ou deux, un épisode isolé ou des récidives, un chien jeune ou âgé, un contexte de promenade en herbes sèches ou de traitement en cours orientent vers des causes très différentes, du corps étranger banal au trouble de la coagulation. Cet article détaille les signes qui imposent une consultation immédiate, les gestes utiles avant de partir, les causes locales et générales à envisager, et les examens que votre vétérinaire est susceptible de proposer.
Quand un saignement du nez chez le chien devient-il inquiétant ?
Un saignement du nez chez le chien, aussi appelé épistaxis, n’est jamais un symptôme à banaliser. Il peut s’agir d’une irritation locale sans gravité immédiate, mais aussi révéler un corps étranger, un traumatisme, une infection nasale, un trouble de la coagulation ou une tumeur. La priorité est d’observer le contexte : saignement d’une seule narine ou des deux, quantité de sang, durée, présence d’éternuements, de respiration bruyante, d’abattement ou d’autres saignements.
En pratique, un petit filet de sang ponctuel après un éternuement n’a pas la même signification qu’un saignement abondant, répété ou associé à une difficulté respiratoire. Chez le chien âgé, devant un saignement récurrent d’un seul côté, les causes tumorales font partie des hypothèses importantes. En été et au début de l’automne, la présence d’un épillet dans les cavités nasales doit aussi être envisagée rapidement.
Urgence respiratoire
Si le saignement du nez s’accompagne d’une respiration difficile, d’un effort marqué pour inspirer, d’un collapsus ou d’une pâleur importante des muqueuses, il faut faire examiner le chien sans attendre.
Les premières choses à faire à la maison
Le premier réflexe est de garder le chien au calme. L’excitation, l’agitation et les efforts augmentent la pression sanguine et peuvent entretenir le saignement. Installez-le dans un endroit frais, limitez les manipulations et évitez de lui ouvrir la gueule si cela n’est pas nécessaire.
Vous pouvez appliquer du froid sur le chanfrein, par exemple avec une compresse froide ou une poche enveloppée dans un linge, quelques minutes à la fois. N’introduisez rien dans les narines et n’essayez pas de retirer vous-même un éventuel corps étranger visible seulement en partie. Si le saignement suit un choc important, il faut aussi penser à un traumatisme facial ou à d’autres lésions associées. En cas d’accident, l’article sur les fractures chez le chien peut aider à repérer d’autres signes traumatiques à ne pas négliger.
Certains soins dits naturels sont souvent proposés, mais ils doivent rester très prudents. Humidifier l’air ambiant ou nettoyer délicatement le contour externe des narines avec du sérum physiologique peut être raisonnable. En revanche, les huiles essentielles, préparations aromatiques ou applications dans les narines sont à éviter sans avis vétérinaire, car elles peuvent irriter davantage les muqueuses. À ce sujet, il est utile de rappeler que l’aromathérapie en dermatologie vétérinaire ne peut pas être transposée automatiquement aux problèmes nasaux.
Les causes locales les plus fréquentes
Épillet ou autre corps étranger nasal
Chez un chien qui sort dans les herbes sèches, renifle beaucoup au sol et se met soudain à éternuer, un épillet est une cause très plausible. L’évolution peut être brutale : éternuements répétés, gêne nasale, secousses de tête, puis écoulement sanguinolent d’une narine. La progression d’un épillet dans les cavités nasales peut être rapide, avec des lésions secondaires s’il reste bloqué dans un repli des cornets nasaux[1].
Ce contexte saisonnier est particulièrement évocateur entre juin et septembre. Le retrait nécessite souvent une exploration des cavités nasales, parfois par rhinoscopie. Les autres localisations à inspecter et les gestes à éviter avant la consultation sont détaillés dans l’article consacré à reconnaître un épillet chez le chien.
Traumatisme
Un coup, une chute, une morsure ou un accident peuvent provoquer un saignement du nez. Dans ce cas, il ne faut pas se limiter à la narine qui saigne : douleur, gonflement du museau, dent cassée, plaie de la bouche, trouble de l’occlusion ou saignement gingival peuvent orienter vers un traumatisme facial plus étendu. Des lésions dentaires peuvent aussi expliquer du sang visible au niveau du nez ou de la bouche, en particulier si la région maxillaire a été touchée. Selon le contexte, un détour par les articles sur les traumatismes dentaires chez le chien et le chat peut aider à comprendre les atteintes associées.
Rhinite, infection ou inflammation nasale
Une inflammation des cavités nasales peut fragiliser la muqueuse et entraîner des saignements, surtout si le chien éternue fréquemment. Parmi les causes infectieuses, la rhinite aspergillaire est bien connue chez le chien : elle peut provoquer des éternuements, un écoulement nasal épais, parfois purulent ou sanguinolent, une mauvaise odeur, de la douleur et une gêne respiratoire. Toutes les rhinites ne saignent pas, mais un écoulement chronique unilatéral ou malodorant mérite un bilan approfondi.
Tumeur nasale
Les tumeurs des fosses nasales ou des sinus sont une cause classique d’épistaxis chez le chien âgé. Le tableau débute souvent discrètement : saignement d’une seule narine, éternuements, écoulement nasal persistant, respiration bruyante. Avec le temps peuvent apparaître une déformation du museau, une gêne respiratoire plus nette ou une atteinte oculaire par extension locale. Une épistaxis unilatérale récidivante chez un senior impose donc une exploration sérieuse, généralement avec imagerie puis examen endoscopique ou prélèvements selon les cas.
Les causes générales à ne pas oublier
Le saignement peut venir d’un problème local dans le nez, mais aussi d’une maladie générale qui favorise les hémorragies. Cette distinction est essentielle lorsque le sang sort des deux narines, quand le saignement revient sans cause évidente, ou lorsqu’il existe d’autres symptômes.
Troubles de la coagulation
Une baisse des plaquettes, une anomalie de la coagulation ou certaines intoxications peuvent provoquer des saignements de nez. On peut alors observer aussi des saignements des gencives, des petits points rouges sur les muqueuses ou la peau, des ecchymoses, du sang dans les urines ou des selles anormales.
Parmi les intoxications, les raticides anticoagulants tiennent une place à part : ils bloquent la production des facteurs de coagulation dépendants de la vitamine K, et les premiers saignements n’apparaissent souvent que plusieurs jours après une ingestion passée inaperçue. Tout accès possible à un appât, même remontant à plusieurs jours, doit être signalé au vétérinaire, car il modifie l’ordre des examens et la conduite à tenir.
Maladies infectieuses ou parasitaires
Certaines maladies vectorielles ou parasitaires peuvent s’accompagner d’épistaxis, directement ou via des troubles hématologiques. L’ehrlichiose et la leishmaniose sont régulièrement citées dans ce contexte. Selon la zone géographique, le mode de vie et les voyages du chien, le vétérinaire pourra les rechercher par prise de sang et tests spécifiques.
Hypertension artérielle et maladies systémiques
Une hypertension artérielle peut fragiliser de petits vaisseaux et s’intégrer dans le tableau d’une maladie plus large. Elle s’accompagne parfois de signes oculaires, neurologiques ou d’abattement. D’autres affections systémiques, y compris certaines maladies auto-immunes ou des cancers comme le myélome multiple, font aussi partie des diagnostics différentiels lorsque l’épistaxis est récurrente ou associée à d’autres saignements.
Éternuements, secousses de tête et saignement : que signifie cette association ?
Quand un chien saigne du nez tout en éternuant beaucoup ou en secouant la tête, l’hypothèse d’une irritation locale remonte dans la liste : épillet, poussière, pollen, inflammation nasale ou sinusienne. Mais cette association n’est pas spécifique. Un problème d’oreille peut aussi expliquer les secousses de tête, parfois en parallèle d’une autre affection nasale. Si votre chien présente surtout des démangeaisons auriculaires, des oreilles sales ou douloureuses, l’article sur les symptômes et le traitement d’une otite peut compléter la lecture.
Les allergies sont parfois évoquées, mais elles entraînent plus volontiers des signes cutanés ou respiratoires modérés que de véritables saignements francs. Lorsqu’un saignement apparaît, il faut d’abord rechercher une lésion de la muqueuse, un corps étranger ou une cause plus structurée que la simple hypersensibilité.
Mon chien âgé saigne du nez et de la bouche : pourquoi c’est plus préoccupant
Chez un chien âgé, l’association de saignements du nez et de la bouche élargit les hypothèses. Une tumeur nasale, une maladie dentaire avancée, un traumatisme facial, un trouble de la coagulation ou une affection systémique doivent être envisagés rapidement. Une haleine anormale, une douleur à la mastication, une dent mobile ou fracturée et des saignements gingivaux orientent davantage vers la sphère bucco-dentaire, sans exclure pour autant une atteinte nasale. Les tumeurs de la cavité orale chez le chien figurent parmi les causes à écarter dans ce contexte.
À l’inverse, un écoulement unilatéral chronique, une respiration sifflante ou une déformation progressive du chanfrein font davantage penser à une lésion nasale profonde. Dans tous les cas, la combinaison de plusieurs sites de saignement justifie un examen rapide et des analyses complètes.
Quels examens le vétérinaire peut-il proposer ?
Le bilan dépend de la gravité du saignement, de l’âge du chien et des signes associés. L’examen clinique permet déjà d’orienter le diagnostic : localisation du saignement, état des muqueuses, auscultation, recherche d’un traumatisme, inspection de la bouche, des dents et parfois des yeux.
Les examens complémentaires les plus utiles sont souvent :
- une numération-formule sanguine pour évaluer notamment les plaquettes et l’inflammation ;
- un bilan de coagulation ;
- la mesure de la pression artérielle ;
- des tests orientés vers certaines maladies infectieuses ou parasitaires selon le contexte ;
- une imagerie des cavités nasales, par radiographie ou plus souvent par scanner ;
- une rhinoscopie, c’est-à-dire l’exploration de l’intérieur du nez à l’aide d’un endoscope, parfois avec prélèvements.
Le scanner est particulièrement utile lorsque l’on suspecte une tumeur, une destruction des structures nasales, une sinusite profonde ou un corps étranger non visible. La rhinoscopie permet quant à elle de voir directement la muqueuse, de rechercher un épillet et d’effectuer des biopsies si nécessaire.
Quels traitements selon la cause ?
Le traitement n’est pas celui du saignement seul, mais celui de sa cause. Un corps étranger doit être retiré. Une rhinite aspergillaire nécessite une prise en charge spécifique. Une tumeur demandera un bilan d’extension et une discussion sur les options disponibles. Un trouble de coagulation conduit à rechercher l’origine de l’anomalie avant de corriger le risque hémorragique. En cas de traumatisme, la gestion portera à la fois sur l’hémorragie, la douleur et les lésions associées.
Les soins de soutien peuvent inclure le repos, le contrôle local du saignement, parfois l’hospitalisation si l’épistaxis est importante ou répétée. Chez certains chiens, plusieurs causes coexistent, par exemple une maladie dentaire chronique et une fragilité vasculaire liée à une affection générale.
Questions fréquentes
Une seule narine ou les deux : qu’est-ce que cela change ?
C’est l’élément d’orientation le plus utile à noter avant la consultation. Un saignement strictement unilatéral fait remonter les causes locales situées à l’intérieur du nez : corps étranger, lésion inflammatoire, tumeur des cavités nasales. Un saignement bilatéral, ou qui débute d’un côté puis touche les deux, fait remonter les causes générales : trouble de la coagulation, maladie infectieuse, hypertension. La règle n’est pas absolue, une lésion locale volumineuse peut finir par saigner des deux côtés, mais elle conditionne l’ordre dans lequel les examens sont proposés.
Mon chien a saigné du nez une seule fois puis plus rien, faut-il consulter ?
Un épisode isolé, bref, sans autre signe, chez un chien jeune et par ailleurs en bonne santé, peut être surveillé quelques jours. La consultation s’impose si l’épisode se répète, s’il touche toujours la même narine, s’il survient chez un chien âgé, ou s’il s’accompagne d’éternuements persistants, d’un écoulement nasal, d’une respiration bruyante, d’une baisse de forme ou d’autres saignements. L’absence de récidive immédiate ne signifie pas que la cause a disparu : un épillet engagé comme une tumeur débutante donnent l’un et l’autre des saignements intermittents.
Puis-je donner un médicament pour arrêter le saignement ?
Non. Aucun médicament d’armoire à pharmacie humaine n’a d’indication ici, et plusieurs aggravent la situation. L’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens perturbent l’hémostase et peuvent transformer un saignement modéré en hémorragie difficile à contrôler, indépendamment de leur toxicité propre chez le chien. La conduite utile se limite au calme, au froid sur le chanfrein et à l’appel au vétérinaire.
Un effort ou une forte chaleur peuvent-ils déclencher un saignement de nez ?
Rarement à eux seuls. En revanche, l’effort, l’excitation et la chaleur élèvent la pression sanguine et peuvent réveiller ou aggraver un saignement issu d’une lésion déjà présente : c’est la raison pour laquelle le repos strict figure parmi les premiers gestes. Un saignement de nez survenant dans un contexte de coup de chaleur avéré se lit autrement : il fait suspecter un trouble de la coagulation secondaire et justifie une prise en charge immédiate.
Mon chien avale son sang, il vomit ou fait des selles noires : est-ce inquiétant ?
Une partie du sang qui s’écoule dans les cavités nasales est déglutie puis digérée. Des vomissements teintés ou des selles noires et goudronneuses peuvent donc être la conséquence mécanique du saignement nasal, sans lésion digestive associée. Le point à ne pas manquer est l’inverse : ces mêmes signes existent en cas d’ulcère digestif ou de trouble de la coagulation généralisé. Ils ne se lisent pas isolément et méritent d’être signalés au vétérinaire, qui les recoupera avec le reste du tableau. Il est donc nécessaire dans tous les cas de consulter rapidement devant ces symptômes.
Consulter un vétérinaire
Une épistaxis n’est pas une urgence en soi : c’est le contexte qui la classe. Saignement abondant ou qui ne cède pas, respiration difficile, muqueuses pâles, abattement marqué, saignements sur plusieurs sites, suspicion d’ingestion de raticide : ces situations justifient un examen immédiat, y compris en dehors des heures d’ouverture. Un épisode unilatéral qui se répète chez un chien âgé n’est pas une urgence de la nuit, mais il ne se surveille pas non plus pendant des semaines.
En cas de doute sur le délai, un appel à votre vétérinaire traitant ou au service de garde permet de trancher. Les coordonnées de la garde de votre secteur sont accessibles auprès de l’Ordre national des vétérinaires (veterinaire.fr).
Notez avant l’appel la date et l’heure du premier épisode, le côté atteint, la quantité approximative, les récidives, les autres saignements observés, les traitements en cours et tout accès possible à un appât raticide. Ces éléments orientent directement le choix des examens.
Références complètes
- Laski F. Localisations originales des épillets chez le chien. Thèse vétérinaire, 2004.
