La teigne est une infection de la peau et des poils par un champignon microscopique. Elle est contagieuse pour les autres animaux du foyer et pour l’homme.
Comment reconnaître une teigne chez le chat ? Les lésions typiques sont des zones de dépilation à peu près circulaires et squameuses, situées le plus souvent sur la tête, les oreilles ou les pattes, avec des poils cassés en bordure. Elles démangent peu. Un chat peut aussi être infecté et contagieux sans aucune lésion visible. Toute zone sans poils justifie une consultation : seul un examen vétérinaire permet de trancher.
Cet article détaille les lésions, les trois statuts possibles de votre chat, les examens, le traitement, la décontamination du logement et la levée de l’isolement.
Reconnaître une teigne chez le chat
La lésion classique est une zone de dépilation arrondie et régulière, avec des poils cassés, des squames, et parfois une bordure rouge autour d’une zone centrale en cicatrisation [2]. Elle peut être minuscule ou atteindre quatre à six centimètres, et siège surtout sur la tête, parfois sur le tronc, les pattes ou la queue. Chez le jeune chat, elle débute souvent sur le chanfrein puis gagne les tempes et la face externe des oreilles. Les démangeaisons sont faibles à modérées, sans fièvre ni perte d’appétit.
Le piège : la teigne ressemble à beaucoup d’autres dermatoses félines, à commencer par la dermatite par allergie aux puces [3]. Une dépilation squameuse peut évoquer la cheyletiellose, elle aussi transmissible à l’homme. Une atteinte sous le menton oriente plutôt vers l’acné du chat, qui n’a rien d’infectieux.
Consultez rapidement si : les lésions sont multiples, étendues ou progressent en quelques jours ; votre chat est un chaton, un chat âgé, ou reçoit un traitement immunosuppresseur ; les lésions suintent ou vous palpez des nodules fermes ; une personne du foyer, en particulier un enfant, présente une plaque cutanée arrondie [2].
Prenez rendez-vous dans les prochains jours si : une ou deux petites zones sans poils, stables, chez un chat adulte en forme ; squames et poils cassés sur la tête ou les oreilles ; un autre animal du foyer vient d’être diagnostiqué ; votre chat sort d’un refuge, d’une animalerie ou d’une chatterie [2;3].
Avant la consultation : ce qui aide, et ce qui fausse le diagnostic
Trois gestes utiles. Photographiez chaque lésion avec la date, sous une lumière constante : c’est la seule façon de démontrer objectivement une progression. Notez l’ordre d’apparition des zones. Recensez les autres animaux et les personnes du foyer porteurs d’une lésion cutanée. Dès maintenant, installez votre chat dans une pièce facile à nettoyer, sans textiles superflus [3].
Ce qu’il ne faut surtout pas faire : n’appliquez aucun antifongique, crème, lotion ou shampooing avant la consultation. Le diagnostic doit si possible être posé avant tout traitement [2] : certains produits appliqués sur la peau provoquent une fluorescence trompeuse à la lampe de Wood, et un poil déjà traité par un shampoing antifongique peut donner une culture faussement négative [1]. Vous risquez de retarder le diagnostic de plusieurs semaines. Ne tondez pas votre chat non plus : la tonte crée des micro-blessures qui facilitent l’installation du champignon.
Chat malade, infecté sans lésion, ou porteur de spores : trois situations différentes
Plus de 90 % des teignes du chat sont dues à un seul champignon, Microsporum canis [2]. Point décisif : il ne fait pas partie de la flore normale du chat. L’isoler chez un animal sain signifie donc soit une infection subclinique, soit un portage passif de spores sur le pelage.
D’où trois statuts, que la guideline européenne distingue dans le cadre de la gestion des collectivités félines, chatteries et refuges [2] :
- le chat malade : lésions visibles et culture positive ;
- le chat infecté sans lésion : culture positive, le champignon est installé dans les poils ;
- le porteur passif : il transporte mécaniquement des spores sur son pelage, comme un objet contaminé, sans être lui-même infecté.
En collectivité, cette distinction commande le traitement : tous les animaux sont traités, mais les porteurs passifs relèvent du topique seul, ce qui leur évite une voie orale longue et inutile. Dans un foyer, elle explique pourquoi votre vétérinaire peut ne pas prescrire la même chose à chacun de vos chats, et pourquoi une culture positive sans lésion n’est pas synonyme de maladie [2].
À relativiser toutefois : avec une prévalence de maladie vraie inférieure à 4 % des affections cutanées, la teigne n’est pas la maladie de peau la plus fréquente du chat, contrairement à ce qu’affirme la littérature grand public [1]. Elle en est en revanche la mycose la plus fréquente.
Les facteurs favorisants : les deux premières années de vie, le poil long où les spores se logent, une prédisposition génétique chez le Persan, la promiscuité et le stress social, toute maladie ou immunodépression associée [2;3]. En revanche, un statut FIV ou FeLV positif seul n’augmente pas le risque : idée reçue tenace, écartée par le consensus international [1].
La contamination se fait principalement par contact direct, la transmission depuis les spores de l’environnement étant peu efficace en l’absence de micro-blessure cutanée [1]. L’incubation dure une à trois semaines.
Comment le vétérinaire confirme une teigne
Aucun examen isolé ne constitue une référence absolue : plusieurs sont habituellement combinés [1].
La lampe de Wood fait fluorescer en vert fluo les poils infectés. Sa sensibilité est débattue. 72 % de l’ensemble des animaux infectés (traités et non traités) présentent une fluorescence positive. À retenir : une lampe négative n’exclut pas une teigne.
L’examen microscopique direct des poils et des squames recherche les manchons de spores autour du poil, qui apparaît alors épaissi. Il confirme plus de 60-70 % des cas, mais sa performance dépend étroitement de la qualité du prélèvement [1]. La cytologie par bande adhésive, plus récente, est simple et peu stressante pour l’animal [2].
La culture fongique sur milieu de Sabouraud reste la méthode de confirmation, et la seule qui identifie l’espèce en cause. Le prélèvement se fait à la brosse à dents neuve passée sur le pelage : c’est aussi la seule technique adaptée au dépistage d’un chat sans lésion. Comptez jusqu’à trois semaines de rendu [3].
La PCR détecte l’ADN fongique sur le pelage. Elle est rapide et sensible, mais ne distingue pas les spores vivantes des spores mortes [1]. Conséquence : une PCR positive n’a pas la même signification avant et après traitement. Avant, elle confirme. Après, elle peut détecter de l’ADN de champignons déjà détruits ou du portage passif, et ne signe pas un échec [2].
Le traitement de la teigne chez le chat
Chez un chat immunocompétent, des lésions isolées disparaissent spontanément en un à trois mois [2]. On ne traite donc pas pour sauver le chat : on traite pour raccourcir l’évolution, réduire la contagion aux autres animaux et aux personnes du foyer, et limiter la contamination de la maison.
Le protocole associe une à deux voies, systémique et/ou topique. Par voie orale, l’itraconazole et la terbinafine sont les molécules de choix chez le chat [2]. Trois molécules encore présentes dans des contenus anciens ne le sont plus : le kétoconazole est à éviter chez le chat, où il provoque anorexie et effets hépatiques ; la griséofulvine n’est plus recommandée, des produits plus sûrs et plus efficaces existant ; le lufénuron n’a démontré aucun effet antifongique chez le chat et n’est pas recommandé [1;2].
Le traitement local n’est pas un complément facultatif : c’est le seul moyen de tuer les spores présentes sur le pelage, donc de couper la contagion. Il repose sur des rinçages du corps entier à l’énilconazole ou sur l’association miconazole et chlorhexidine : les crèmes appliquées sur les seules lésions ont une efficacité limitée. Pendant le séchage, une collerette souple empêche le chat de se lécher [2].
La tonte intégrale du corps est contre-indiquée : des cas de dissémination à des zones saines et d’aggravation ont été rapportés [2]. Si une tonte partielle est utile autour des lésions, c’est votre vétérinaire qui en décide et l’encadre.
Comptez six à douze semaines pour la résolution de l’infection [1]. Le traitement ne s’arrête pas à la disparition des lésions. Il se poursuit jusqu’à la culture négative.
Décontaminer le logement : le second volet du traitement
La décontamination est une composante du traitement, pas un conseil d’entretien : sans elle, le foyer reste une source d’exposition [1].
Point clé : les spores ne se multiplient pas dans l’environnement et ne l’envahissent pas comme une moisissure. Ce sont des formes de dormance, facilement retirées [1]. Vous n’avez pas à éradiquer une colonisation, vous avez à retirer des poils.
Ces spores survivent plus de douze mois en milieu sec, leur durée de vie est courte en milieu humide, et 100 °C les détruit rapidement [2]. Vos réservoirs sont donc les zones sèches et poussiéreuses. Elles voyagent sur les poussières, y compris vers des pièces où votre chat n’a jamais mis les pattes : le nettoyage ne peut pas se limiter à la pièce d’isolement.
Le retrait mécanique prime sur le désinfectant. L’étape la plus importante est le retrait des poils et du matériel organique à l’aspirateur ou aux lingettes, suivi d’un lavage des surfaces au détergent jusqu’à propreté visible. Le désinfectant vient après : utilisé seul, il ne retire pas la contamination [1].
En pratique, dans un foyer :
- Tous les jours : aspiration et retrait mécanique, jusqu’à ce qu’aucun poil ne soit visible [2].
- Une à deux fois par semaine : nettoyage approfondi au détergent [1].
- Surfaces dures, après nettoyage : eau de Javel domestique diluée à un volume pour cent volumes d’eau, ou peroxyde d’hydrogène accéléré. Soixante-dix foyers d’accueil ont été décontaminés avec succès de cette façon, avec des détergents ménagers du commerce [2]. Jamais sur l’animal.
- Linge et couchages : machine à laver, l’eau de Javel n’est pas nécessaire [1]. Machine à laver et lave-vaisselle doivent atteindre au moins 60 °C [2].
- Tapis et moquettes : shampooing ou nettoyage vapeur.
- Objets : colliers, paniers, jouets, brosses et outils de toilettage sont désinfectés, ou éliminés si ce n’est pas possible. Les boîtes en carton font d’excellents couchages jetables, à remplacer au moins une fois par semaine [3].
Pour vous : gants jetables pendant les soins, et désinfection immédiate si vous entrez en contact avec des poils. [2].
Une réserve sur l’isolement. Restreindre le chat à une pièce facile à nettoyer reste la mesure la plus efficace [3], mais un chaton ne doit pas être confiné longtemps ni privé de contacts : un déficit de socialisation à cet âge peut produire des troubles du comportement définitifs [1]. Sa durée d’isolement se discute avec votre vétérinaire.
Le nettoyage se poursuit jusqu’à la guérison mycologique.
Guérison clinique, guérison mycologique et levée de l’isolement
Ce sont deux choses distinctes, et c’est la source de la plupart des malentendus [1].
La guérison clinique, c’est la résolution de toutes les lésions sans apparition de nouvelles. Elle est visible, et c’est elle qui conditionne la levée de l’isolement vis-à-vis des autres animaux.
La guérison mycologique, c’est la disparition démontrée du champignon. Elle n’est pas visible et se contrôle par un examen, réalisé une fois les lésions résolues.
Sur ce contrôle, la doctrine a changé et beaucoup de contenus en ligne sont restés à l’ancienne règle des deux cultures négatives consécutives. Chez un chat par ailleurs en bonne santé, dont l’observance du traitement et du nettoyage a été bonne, une première culture négative avec une technique de prélèvement correcte indique probablement l’élimination du champignon [1;2]. Une PCR négative chez un chat traité signe également la guérison mycologique.
La levée de l’isolement ne se décide donc pas sur une date, mais sur deux événements vérifiables : d’abord la résolution complète des lésions, ensuite un examen de contrôle négatif. Retenez deux ordres de grandeur : six à douze semaines pour la résolution, et jusqu’à trois semaines pour le rendu d’une culture [1;3]. Tant que ces étapes ne sont pas franchies, le protocole de nettoyage se maintient.
Teigne du chat et risque pour l’homme : vivre avec un chat en traitement
La teigne fait partie des zoonoses transmissibles de l’animal à l’homme. La transmission se fait surtout par contact direct. Une peau intacte résiste plutôt bien, mais toute éraflure accélère l’installation [3].
Chez l’homme, le délai entre l’exposition et l’apparition de la lésion est de une à six semaines, et les enfants sont plus sensibles que les adultes [4]. La lésion prend l’aspect d’une plaque arrondie, rouge et squameuse, à bordure active ; les ongles peuvent aussi être atteints [2].
Devant toute lésion cutanée apparue après un contact avec un chat infecté, consultez un médecin [3]. La prise en charge relève du médecin traitant ou du dermatologue. À titre d’information, l’infection humaine à M. canis est une affection cutanée qui se soigne, et les complications graves sont extrêmement rares, y compris chez les personnes immunodéprimées, chez qui la durée de prise en charge peut simplement être plus longue [2].
Concrètement, pendant le traitement de votre chat : les enfants ne manipulent pas l’animal infecté, les soins se font avec des gants jetables, et l’hygiène des mains est systématique [3]. La question des câlins et du couchage partagé se règle par l’isolement en pièce dédiée, tant que la guérison clinique n’est pas acquise.
Si un chat du foyer est diagnostiqué, tous les autres animaux doivent être examinés. Dans la majorité des cas, tous les chats seront positifs et devront être traités [3].
Un point sur lequel il faut être net : il n’est pas justifié de faire euthanasier ou d’abandonner l’animal source. Des traitements efficaces existent, et les spores sont de toute façon déjà présentes dans l’environnement [4]. Enfin, la teigne naturelle récidive rarement, ce qui suggère une immunité efficace et durable [2].
Ce qui change chez le chien
Les facteurs de risque diffèrent : chez le chien, ce sont le jeune âge, la divagation et l’activité de chasse, et les environnements chauds [1]. Le chien qui fouille la terre peut se contaminer avec un champignon du sol, Nannizzia gypsea, responsable de lésions nettement plus inflammatoires.
La forme nodulaire, ou kérion, lui est propre : une lésion en relief, souvent sur le museau, sans rapport d’aspect avec la plaque dépilée classique [1]. Chez le chat, l’équivalent nodulaire reste rare et concerne surtout le Persan.
Les choix thérapeutiques ne se transposent pas non plus. Le kétoconazole, à éviter chez le chat, reste utilisable chez le chien de grande taille [1].
Questions fréquentes
Mon chat n’a aucune plaque visible : peut-il quand même avoir la teigne et me la transmettre ?
Oui. Un chat peut être infecté sans lésion visible, ou transporter passivement des spores sur son pelage. Dans les deux cas, il est source de contagion pour les autres animaux et pour vous. Seule une culture fongique réalisée sur un prélèvement à la brosse à dents permet de le savoir [2]. C’est la raison pour laquelle tous les animaux du foyer sont examinés dès qu’un chat est diagnostiqué.
Les lésions ont disparu : puis-je arrêter le traitement ?
Non, et c’est l’erreur la plus fréquente. La disparition des lésions correspond à la guérison clinique. Le champignon peut encore être présent dans les poils, et votre chat rester contagieux. L’arrêt se décide sur un examen de contrôle négatif réalisé après la résolution des lésions, pas sur l’aspect de la peau [1].
J’ai une plaque ronde sur le bras depuis que mon chat est traité, que dois-je faire ?
Consultez un médecin sans tarder, en précisant que votre chat est traité pour une teigne : cette information oriente le diagnostic. Poursuivez le traitement de votre chat et le protocole de nettoyage, et signalez-le à votre vétérinaire. Ne traitez pas la lésion vous-même.
Existe-t-il un vaccin contre la teigne du chat ?
Non. Aucun vaccin sûr et efficace n’est disponible, et les études menées n’ont démontré ni protection contre l’infection, ni accélération de la guérison. L’ABCD ne recommande pas la vaccination contre la dermatophytose chez le chat.
Consulter un vétérinaire
Toute zone de dépilation chez un chat justifie un examen vétérinaire, même minime et sans gêne apparente. Le diagnostic conditionne le traitement, la protection des autres animaux et celle des personnes du foyer. Pour trouver un praticien : annuaire de l’Ordre national des vétérinaires.
Références complètes
- Moriello KA (relu par Carnevale J). Dermatophytosis in Dogs and Cats (Ringworm). MSD Veterinary Manual, Merck & Co., révision complète février 2025. msdvetmanual.com
- Frymus T et coll., avec l’apport de Müller R. Guideline for Dermatophytosis, ringworm in cats. ABCD, European Advisory Board on Cat Diseases, mise à jour du 23 mars 2026. abcdcatsvets.org
- International Cat Care / ISFM. Ringworm in Cats. Mise à jour du 26 septembre 2025. icatcare.org
- CHUV, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal. La teigne (dermatophytie), fiche documentaire animaux de compagnie, 2015. chuv.umontreal.ca
