La lipidose hépatique est la maladie du foie acquise la plus fréquente chez le chat, et elle peut être mortelle [1]. Elle survient quand un chat, souvent en surpoids, cesse de s’alimenter : les graisses de l’organisme affluent vers un foie incapable de les traiter et s’y accumulent, bloquant son fonctionnement [3]. Un chat qui ne mange plus depuis plus de 48 heures relève d’une consultation, sans attendre l’apparition de la jaunisse : c’est la durée du jeûne qui fait le risque, pas la gravité apparente. Une fois le diagnostic posé, la prise en charge suit une chronologie assez précise, avec des repères objectifs à des moments identifiés. Cet article décrit cette chronologie : ce qui se joue les premiers jours, à quel moment un signe indique que le traitement fonctionne, combien de temps dure l’alimentation par sonde, et ce que le pronostic recouvre réellement.

Signes à surveiller

Appel vétérinaire immédiat

Ces situations justifient un appel sans attendre le lendemain :

  • Refus alimentaire complet depuis plus de 48 heures, quel que soit l’état apparent du chat. La lipidose s’installe après une anorexie de deux à sept jours chez un chat en surpoids [4].
  • Coloration jaune de la peau à l’intérieur des oreilles, des gencives ou du blanc de l’œil [3].
  • Tête et cou fléchis vers le bas, faiblesse extrême, difficulté à se tenir debout. Ces signes traduisent des troubles électrolytiques sévères et une intolérance à toute manipulation [1].
  • Vomissements répétés ou salivation abondante.
  • Chat retrouvé après une disparition, un enfermement accidentel ou un séjour en pension, qui ne se réalimente pas.
Coloration jaune de la face interne de l'oreille chez un chat atteint de lipidose hépatique
L’ictère s’apprécie mieux sur les muqueuses et la face interne des oreilles qu’à travers le pelage.

Consultation à programmer rapidement

  • Baisse d’appétit installée depuis plusieurs jours, même partielle, sans arrêt complet.
  • Perte de poids marquée, supérieure à un quart du poids initial : c’est l’ordre de grandeur observé chez les chats atteints [1].
  • Pelage négligé, abdomen qui pend alors que le reste du corps s’amaigrit, fonte musculaire le long du dos [4].
  • Chat qui se replie, évite sa gamelle au point de s’en écarter, ou salive en la voyant [3].

Que faire si vous suspectez une lipidose hépatique

Ces observations, faites avant la consultation, font gagner du temps au diagnostic.

Notez la date du dernier repas réellement pris. Pas la dernière fois où de la nourriture a été proposée : la dernière fois où le chat a mangé une quantité normale. C’est la donnée qui oriente le plus la démarche.

Pesez le chat et comparez au dernier poids connu, sur le carnet de santé ou une ordonnance. L’ampleur et la vitesse de la perte de poids comptent autant que le poids lui-même.

Photographiez l’intérieur du pavillon de l’oreille et les gencives à la lumière du jour. La coloration jaune est plus facile à objectiver sur photo, et l’évolution entre deux jours devient visible.

Dans un foyer à plusieurs chats, séparez les gamelles. La cohabitation rend très difficile de savoir lequel mange et combien, et retarde souvent le constat [2].

Ce qu’il ne faut pas faire avant la consultation :

  • N’insistez pas avec la gamelle si le chat salive, détourne la tête ou s’écarte. Il faut au contraire retirer la nourriture de sa proximité : insister installe une aversion alimentaire durable qui compliquera toute la suite [1].
  • Ne forcez pas l’alimentation à la seringue. Le geste expose à une fausse déglutition, à une morsure, et aussi à une aversion alimentaire [4].
  • N’administrez aucun médicament de votre pharmacie. Le chat est particulièrement exposé aux lésions du foie provoquées par des médicaments sans danger chez d’autres espèces, faute de disposer des voies métaboliques permettant de les dégrader [5].

Causes possibles

La lipidose est presque toujours la conséquence d’autre chose. Plus de 90 % des cas surviennent après une affection sous-jacente qui a coupé l’appétit [3], et la forme dite idiopathique, sans cause identifiable, représente typiquement moins de 10 % des cas [1].

Une série de 157 chats atteints suivie à l’université Cornell a réparti ainsi les affections primaires [6] :

  • maladie inflammatoire chronique de l’intestin : 28 %
  • autre maladie du foie, le plus souvent une cholangiohépatite : 20 %
  • cancer : 14 %
  • pancréatite : 11 %
  • causes sociales, comme l’arrivée d’un nouvel animal, un déménagement ou une cohabitation conflictuelle : 5 %
  • affection respiratoire : 4 %
  • diabète : 2 %
Répartition des maladies associées à la lipidose hépatique chez 157 chats atteints
Dans la grande majorité des cas, la lipidose est la conséquence d’une autre maladie.

Toutes les causes ne sont pas des maladies. Un changement d’alimentation mal accepté lors d’une perte de poids imposée, un déménagement, l’arrivée ou la perte d’un animal ou d’un membre du foyer, une mise en pension, un enfermement accidentel dans un garage ou une cave, ou la fugue d’un chat d’intérieur suffisent à déclencher le jeûne initial [1]. Un corps étranger digestif provoque le même arrêt brutal de la prise alimentaire.

Chez le chat âgé, une insuffisance rénale chronique est une cause fréquente d’inappétence chronique pouvant précéder l’apparition d’une lipidose.

Le facteur de risque principal reste le surpoids suivi d’une perte de poids rapide. Un point est directement utile si votre chat suit un programme d’amaigrissement : la surveillance d’une enzyme hépatique, les phosphatases alcalines (PAL), permet de détecter une lipidose débutante et de suspendre le programme à temps [1]. Cette surveillance se discute avec votre vétérinaire au moment de mettre en place le régime, pas après. Pour comprendre les modalités d’un amaigrissement conduit sans risque, voir notre article sur le surpoids du chat.

Diagnostic et prise en charge : la chronologie réelle

Comment le diagnostic est posé

Le diagnostic associe l’examen clinique, avec la coloration jaune et un foie nettement augmenté de volume, des analyses sanguines, une échographie abdominale et une ponction du foie à l’aiguille fine [1]. Une biopsie n’est pas nécessaire pour affirmer la lipidose elle-même. Elle peut le devenir pour identifier une maladie associée.

Un profil sanguin est caractéristique : les phosphatases alcalines (PAL) s’élèvent fortement alors qu’une autre enzyme, la gamma-glutamyl transférase (GGT), reste normale ou peu modifiée [2]. Si cette seconde enzyme s’élève nettement, votre vétérinaire cherchera un autre processus en cause, notamment du côté du pancréas [4]. Autre élément utile : l’élévation des phosphatases alcalines (PAL) chez un chat qui ne mange plus précède celle de la bilirubine, donc précède la jaunisse visible [2]. C’est la raison pour laquelle consulter au bout de deux jours de jeûne, avant tout signe spectaculaire, change réellement la donne.

Avant tout geste invasif, une injection de vitamine K est administrée : les troubles de la coagulation sont fréquents dans cette maladie [1].

Pourquoi votre vétérinaire continue de chercher

C’est la question la plus fréquente une fois le diagnostic annoncé. On estime que 50 à 95 % des chats présentés pour une lipidose ont une affection concomitante significative [2]. Cette affection conditionne à la fois le traitement et le pronostic, davantage que la lipidose elle-même. Ne pas l’identifier expose à voir le chat revenir quelques semaines plus tard avec le même tableau. Les examens complémentaires ne sont donc pas une précaution administrative : ils déterminent l’issue.

J0 à J2 : stabiliser avant de nourrir

Chronologie de la prise en charge d'une lipidose hépatique du chat, de J0 à huit semaines
Les repères temporels de la prise en charge, du diagnostic au retrait de la sonde.

Contrairement à ce qu’on imagine, la pose d’une sonde n’est pas le geste initial. La priorité est de rétablir l’hydratation et l’équilibre en sels minéraux, ce qui demande souvent un à deux jours avant toute tentative d’alimentation [1]. Les désordres électrolytiques sont présents dès l’admission chez une part importante des chats, environ 28 % pour le potassium bas, 20 % pour le magnésium et 14 % pour le phosphore, et ils constituent une cause majeure de complications et de décès [1]. Nourrir un chat dont le potassium est effondré, c’est prendre le risque de le faire vomir et d’aggraver son état.

J1 à J2 : la sonde d’alimentation

Une sonde peut être passée par le nez sans anesthésie dès l’admission, mais elle ne permet que des aliments liquides et le chat ne rentre jamais à la maison avec [2].

La sonde d’œsophagostomie, qui sort sur le côté du cou, demande une anesthésie brève. Elle est posée quand le chat la tolère, en pratique 12 à 24 heures après l’admission [4]. C’est celle qui permet le retour à la maison. Le chat peut manger normalement avec elle en place, ce qui en fait aussi un outil de surveillance : le jour où il se réalimente seul, la sonde devient superflue.

J1 à J5 : la montée en charge alimentaire

La ration n’est jamais donnée en totalité d’emblée. L’apport démarre autour de 25 % du besoin énergétique de repos calculé, puis monte progressivement jusqu’au besoin complet sur trois à cinq jours [1]. Cette progression n’est pas une précaution excessive : après un jeûne prolongé, la capacité de l’estomac est réduite et un apport trop rapide provoque nausées et vomissements. Les trois premiers jours sont aussi ceux du risque de syndrome de renutrition, une chute brutale du phosphore et du potassium déclenchée par la reprise alimentaire elle-même, qui impose des contrôles sanguins rapprochés [1].

L’alimentation utilisée est riche en protéines. La restriction protéique est à éviter : elle aggrave l’accumulation de graisse dans le foie. Le choix de l’aliment revient à votre vétérinaire, en fonction du mode d’administration.

Les stimulants d’appétit ne sont pas la solution

C’est une demande fréquente des propriétaires, et la réponse est constante dans la littérature. La mirtazapine et la capromoréline induisent rarement un apport calorique suffisant pour inverser une lipidose [4]. Il est peu probable qu’une stimulation médicamenteuse de l’appétit agisse dans le délai utile, et elle ne doit jamais servir à couvrir les besoins nutritionnels [2]. Plusieurs molécules de la famille des benzodiazépines, comme le diazépam, sont à éviter chez un chat en insuffisance hépatique, et la mirtazapine subit une extraction par le foie qui prolonge probablement sa durée d’action [1]. Ces produits peuvent avoir une place en appoint, jamais en remplacement de l’alimentation assistée : la décision appartient à votre vétérinaire.

J7 à J10 : le premier signe objectif que ça fonctionne

C’est le repère le plus utile à connaître. Une baisse de moitié de la bilirubine totale dans les sept à dix premiers jours est un indicateur favorable de survie [1]. À l’inverse, le suivi des enzymes du foie n’a aucune valeur pour prédire la guérison : voir des enzymes rester élevées n’est pas un mauvais signe en soi. Si votre vétérinaire vous parle de la bilirubine plutôt que des enzymes, c’est pour cette raison.

J14 à J21 : la fenêtre décisive

La lipidose se résout en quatorze à vingt et un jours, ou l’animal meurt : il n’existe pas de forme chronique qui s’installerait durablement [1]. Cette fenêtre est un repère de suivi, pas une promesse de délai. Elle explique pourquoi l’intensité de la prise en charge des deux premières semaines pèse autant sur l’issue.

La sortie d’hospitalisation peut intervenir bien avant, en quelques jours seulement si la maladie a été prise à un stade précoce, l’alimentation par sonde se poursuivant alors à la maison [3].

Combien de temps la sonde reste en place

Les durées rapportées convergent : environ un mois [3], quatre à six semaines [6], trois à huit semaines dans l’expérience clinique publiée [4]. La sonde reste tant qu’elle est nécessaire, et le critère de retrait est la reprise d’une alimentation spontanée suffisante. Son retrait ne demande ni anesthésie ni sédation : la sonde est simplement retirée et l’œsophage cicatrise seul [2].

Que pouvez-vous faire à la maison

Le retour à la maison avec une sonde impressionne, mais le geste s’apprend en clinique et se maîtrise vite. Voici les points qui font la différence au quotidien.

Chat porteur d'une sonde d'œsophagostomie avec son pansement de maintien sur le cou
La sonde n’empêche pas le chat de manger seul ni de se déplacer normalement.

Vérifiez le vide avec une seringue sèche vide (quand vous tirez le piston de la seringue, celui ci doit revenir à sa place) avant chaque réalimentation ou rinçage avec de l’eau de la sonde.

Rincez la sonde à l’eau tiède avant et après chaque utilisation. C’est ce qui évite qu’elle se bouche [6].

Réchauffez l’aliment. Un aliment sortant du réfrigérateur peut à lui seul provoquer des vomissements [6].

Administrez lentement et en petits volumes. Une distension rapide de l’estomac fait vomir, et les volumes sont fractionnés sur plusieurs repas dans la journée [4].

Ne passez aucun médicament par la sonde sans avis vétérinaire. Certains bouchent le dispositif, d’autres sont incompatibles avec le matériau [6].

Inspectez chaque jour le point de sortie de la sonde sur le cou, à la recherche d’une rougeur ou d’un écoulement. Le pansement doit permettre cette inspection quotidienne [2].

Tenez un carnet de suivi. Notez le poids, les volumes réellement passés, les vomissements, la salivation, et surtout les tentatives d’alimentation spontanée. Ce sont les paramètres que votre vétérinaire suit pour décider du retrait de la sonde [2].

Anticipez vos absences. Plusieurs repas par jour pendant plusieurs semaines supposent qu’une deuxième personne soit formée au geste, ou qu’une solution de garde soit prévue avant d’en avoir besoin.

Continuez à proposer de la nourriture normalement, sans jamais insister. La sonde n’empêche pas le chat de manger, et la reprise spontanée est l’objectif.

Si la sonde se bouche n’essayez pas de la déboucher seul, contactez sans attendre votre vétérinaire.

Quel pronostic ?

Les chiffres publiés varient selon les séries et selon ce qui est mesuré. Chez des chats sévèrement atteints bénéficiant de soins intensifs adaptés, la survie rapportée est de l’ordre de 75 à 80 %, contre environ 50 % chez ceux ne recevant qu’un support nutritionnel [1]. Plus de 80 % des patients récupèrent complètement lorsque le traitement est mené à son terme [4]. Des séries plus anciennes rapportent des taux de survie plus bas, autour de 50 % pour les formes sans cause identifiée [2].

Trois éléments comptent davantage que la fourchette elle-même. La précocité de la prise en charge nutritionnelle : la survie est nettement meilleure quand la renutrition est engagée rapidement et sans demi-mesure. La nature de la maladie associée : c’est elle qui pèse le plus lourd sur l’issue. Et l’implication du propriétaire, puisque le traitement peut demander plusieurs semaines d’alimentation assistée à domicile.

Le pronostic individuel de votre chat dépend de facteurs que seul votre vétérinaire peut évaluer au fil du suivi, en particulier de sa réponse aux premiers jours de traitement.

Un point rassurant, et constant dans toutes les sources : la récidive après guérison est rare, et le foie des chats guéris ne conserve pas de lésion [1].

Foire aux questions

Combien de temps mon chat va-t-il rester hospitalisé ?

Cela dépend du stade. Un chat pris en charge tôt peut rentrer en quelques jours seulement, avec une poursuite de l’alimentation par sonde à la maison [3]. Les deux premiers jours sont consacrés à la réhydratation et à la correction des sels minéraux avant même de tenter de le nourrir [1].

Comment savoir si le traitement fonctionne ?

Le repère objectif est la bilirubine : une baisse de moitié dans les sept à dix premiers jours est un indicateur favorable de survie [1]. Le suivi des enzymes du foie, lui, ne permet pas de prédire la guérison. Au quotidien, la reprise de poids et les premières tentatives d’alimentation spontanée sont les signes les plus parlants.

Mon chat va-t-il garder la sonde longtemps, et devrai-je le nourrir avec à la maison ?

Oui, l’alimentation par sonde se poursuit à domicile dans la majorité des cas. Les durées rapportées vont d’environ un mois à trois ou huit semaines selon les publications [4]. Le retrait se décide sur la reprise d’une alimentation spontanée suffisante, et ne nécessite ni anesthésie ni sédation [2].

Pourquoi mon vétérinaire cherche-t-il autre chose alors que le diagnostic est posé ?

Parce que 50 à 95 % des chats atteints ont une maladie associée significative, et que c’est elle qui détermine en grande partie le traitement et l’issue [2]. Ne pas l’identifier expose à une rechute à court terme.

Est-ce qu’un stimulant d’appétit ne suffirait pas ?

Non. Les stimulants d’appétit induisent rarement un apport calorique suffisant pour inverser une lipidose déjà installée [4], et il est peu probable qu’ils agissent dans le délai utile [2]. Ils peuvent avoir une place en appoint, sur décision de votre vétérinaire, jamais en remplacement de l’alimentation assistée.

Consulter un vétérinaire

La lipidose hépatique est une urgence médicale dont l’issue dépend de la rapidité de la prise en charge. Si votre chat n’a rien mangé depuis plus de 48 heures, appelez votre vétérinaire sans attendre, même en l’absence de tout autre signe.

Cet article est un support d’information : il ne remplace pas l’examen de votre animal. Pour trouver un praticien, consultez l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires : https://www.veterinaire.fr/annuaires

Références complètes

  1. Center S.A. (revu par Abuelo A.). Feline Hepatic Lipidosis. MSD Veterinary Manual, révisé août 2023, modifié juin 2025. msdvetmanual.com
  2. Webb C.B. Hepatic lipidosis: clinical review drawn from collective effort. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2018;20(3):217-227. journals.sagepub.com
  3. Cornell Feline Health Center. Hepatic Lipidosis. Cornell University College of Veterinary Medicine. vet.cornell.edu
  4. Pachtinger G.E. Feline Hepatic Lipidosis: From Diagnosis to Treatment. Clinician’s Brief, octobre 2016, revu avril 2025. cliniciansbrief.com
  5. International Cat Care. Liver and gall bladder disease in cats. Mis à jour septembre 2025. icatcare.org
  6. Brooks W. Hepatic Lipidosis (Fatty Liver Disease) in Cats. Veterinary Partner, révisé octobre 2025. veterinarypartner.vin.com