Un chat qui ne parvient plus à se lever sur ses postérieurs, ou qui traîne l’arrière-train alors qu’il se déplaçait normalement quelques heures plus tôt, relève d’une urgence vétérinaire immédiate.

Mon chat est paralysé du train arrière, est-ce urgent ? Oui, dans tous les cas. Une paralysie du train arrière chez le chat traduit le plus souvent une obstruction brutale de la circulation vers les postérieurs ou une atteinte de la moelle épinière [2]. Le critère de décision n’est pas la sévérité apparente des signes, mais le caractère brutal de leur apparition. Appelez votre vétérinaire immédiatement et notez l’heure exacte à laquelle votre chat marchait encore normalement.

Cet article décrit les signes à repérer, les gestes à faire et à ne pas faire avant la consultation, les causes possibles classées par fréquence, et ce dont le pronostic dépend réellement.

Chat couché sur le flanc, incapable de se lever sur ses pattes arrière
Une perte d’appui sur les postérieurs installée en quelques heures impose un appel vétérinaire immédiat.

Signes à surveiller et critères de consultation

Une distinction conditionne toute la lecture qui suit. La parésie est une diminution de la motricité volontaire ; la paralysie en est la perte complète, le chat ne génère plus aucun mouvement volontaire du membre [3]. Cela ne se confond pas avec la raideur d’un chat douloureux, qui continue, lui, à commander ses postérieurs. Une raideur n’est presque jamais une paralysie ; une paralysie n’est jamais une simple raideur.

Signes imposant un appel vétérinaire immédiat

  • Perte d’appui brutale sur un ou les deux postérieurs, installée en quelques minutes à quelques heures
  • Absence de tout mouvement volontaire d’un postérieur, quelle que soit la vitesse d’installation
  • Coussinets pâles ou violacés, extrémités froides au toucher, muscles des cuisses anormalement durs ou anormalement mous [5]
  • Cris, agressivité inhabituelle ou plainte au moindre contact de l’arrière-train
  • Chute de hauteur, accident de la route ou morsure récente, même sans plaie visible [3]
  • Impossibilité d’uriner associée à la perte d’appui

Trois présentations trompeuses font hésiter : le chat conserve souvent une mobilité au-dessus du grasset (articulation correspondant au genou), la queue reste habituellement normale, et un seul postérieur peut être touché [5]. Aucune de ces observations n’écarte l’urgence.

Différence entre raideur et paralysie vraie du train arrière chez le chat
Raideur et paralysie vraie ne se confondent pas : le critère discriminant est la présence ou l’absence de mouvement volontaire.

Signes justifiant une consultation rapide, sans caractère vital immédiat

  • Raideur au lever, réticence à sauter ou à monter, installée progressivement sur des semaines ou des mois
  • Fonte des masses musculaires de l’arrière-train sans perte d’appui
  • Faiblesse fluctuante qui s’aggrave lentement

Cette seconde liste décrit une gêne locomotrice progressive, pas une paralysie. Une installation lente oriente d’abord vers une cause articulaire : voir notre article sur l’arthrose du chien et du chat. Dès qu’un mouvement volontaire disparaît, même après des mois de gêne, le tableau bascule dans la première liste.

Que faire à la maison avant la consultation

Pendant que vous appelez

Notez l’heure exacte du dernier moment où votre chat marchait normalement. C’est l’information la plus utile que vous apporterez. Le délai écoulé entre l’événement et la prise en charge est en lui-même associé à une évolution moins favorable [4], et il conditionne l’accès à certaines options thérapeutiques.

Confinez-le sur un support plat et rigide (planche, plateau, fond de caisse), sans le forcer à se lever. En cas de suspicion de traumatisme, l’immobilisation sur un plan dur fait partie de la prise en charge initiale [3].

Observez sans manipuler : couleur des coussinets, température des pattes au dos de la main, présence ou non de mouvements volontaires, un seul postérieur touché ou les deux. Décrivez, ne testez pas.

Emportez le carnet de santé et, si votre chat est suivi en cardiologie, ses derniers comptes rendus.

Transporter un chat paralysé du train arrière sur un support plat sans le manipuler
Installation d’un chat non ambulatoire sur un support plat et rigide, sans manipulation des postérieurs.

Ce qu’il ne faut pas faire

N’administrez aucun médicament, y compris un anti-inflammatoire humain ou un reste d’ordonnance, sans avis vétérinaire.

Ne testez pas les pattes en pinçant les doigts ou la queue, et ne faites pas marcher votre chat pour voir. Ce geste appartient à l’examen vétérinaire [6], et un chat en douleur intense mord.

N’attendez pas de voir si ça passe. Aucun des signes de la première liste ne s’améliore utilement par l’attente.

Causes possibles

Les proportions qui suivent proviennent d’une série de 66 chats admis en urgence pour parésie ou paralysie aiguë des postérieurs, dans un centre hospitalier universitaire nord-américain [2]. Ce ne sont pas des prévalences françaises en clientèle, et l’ordre porte sur les causes identifiées. Dans cette série, deux chats présentés comme paralysés n’avaient aucune atteinte neurologique : une fracture du fémur et un choc hémorragique. D’où l’inutilité de l’évaluation à domicile.

Causes identifiées de paralysie aiguë du train arrière chez le chat
Cause identifiéePart des cas de la série
Thromboembolie aortiqueenviron 61 %
Maladie discale, formes présumées inclusesenviron 11 %
Traumatisme vertébralenviron 9 %
Causes infectieuses et inflammatoiresenviron 3 %

Causes identifiées chez 66 chats admis en urgence pour parésie ou paralysie aiguë des postérieurs, centre hospitalier universitaire nord-américain. Douze pour cent des chats de la série sont repartis sans diagnostic établi. Ces proportions ne sont pas des prévalences françaises en clientèle.

La thromboembolie aortique, cause la plus fréquente

Environ 61 % des cas dans cette série [2]. Un caillot formé dans l’oreillette gauche du cœur migre et obstrue l’aorte là où elle se divise vers les deux postérieurs [5]. La circulation s’interrompt d’un coup : douleur intense initiale, froideur et pâleur des extrémités.

Une maladie cardiaque explique environ 90 % de ces accidents et, dans environ 80 % des cas, elle n’était pas connue au moment de la crise [1] : la thromboembolie est très souvent le premier signe de la cardiopathie. Les mâles représentent environ 75 % des cas, les deux postérieurs sont atteints dans 70 à 75 % des cas et un seul dans 10 à 15 %.

Schéma de l'obstruction de l'aorte terminale par un caillot chez un chat paralysé du train arrière
Trajet du caillot depuis l’oreillette gauche jusqu’à la bifurcation de l’aorte terminale, à l’origine de la perte d’appui sur les deux postérieurs.

La maladie discale

Environ 11 % des cas, formes présumées incluses [2]. Le disque situé entre deux vertèbres se déplace ou s’expulse et comprime la moelle. Chez le chat, contrairement au chien, elle reste rare et concerne surtout des animaux d’âge moyen [3]. Elle s’accompagne typiquement d’une douleur du dos.

Une variante vasculaire existe : un fragment de disque migre dans un vaisseau de la moelle et interrompt sa vascularisation, c’est l’embolie fibrocartilagineuse. Elle survient typiquement après un saut ou une course, n’est pas douloureuse, et les signes ne s’aggravent en général plus au-delà de 12 heures [6]. Rare chez le chat, elle se diagnostique par élimination des autres causes.

Le traumatisme vertébral

Environ 9 % des cas [2]. Chute de hauteur, accident de la route, morsure. Environ 20 % des chats ayant une fracture thoraco-lombaire en ont une seconde sur un autre étage de la colonne [3] : d’où la radiographie de tout le rachis, pas seulement de la zone douloureuse.

Quand aucune cause n’est confirmée

Environ 12 % des chats de la série sont repartis sans diagnostic établi, deuxième situation la plus fréquente. Une part tient aux moyens engagés : 9 chats sur 66 seulement ont eu un scanner ou une imagerie par résonance magnétique [2]. Sur ce type d’urgence, le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique et l’échographie cardiaque au chevet de l’animal.

Les causes infectieuses et inflammatoires

Environ 3 % des cas [2] : dans cette série, les deux chats concernés avaient une péritonite infectieuse féline. Sa forme nerveuse est habituellement multifocale et lentement progressive [7], donc peu compatible avec une perte d’appui survenue en quelques heures. Son pronostic a changé : non traitée, la maladie est fatale, mais des antiviraux permettent aujourd’hui des taux de guérison supérieurs à 85 % [7]. Notre fiche dédiée à la péritonite infectieuse féline est antérieure à cette évolution thérapeutique et fait l’objet d’une actualisation.

Les causes nutritionnelles et toxiques

Rares, et d’installation progressive, ce qui les distingue des tableaux précédents. Une intoxication retardée aux organophosphorés, présents dans certains insecticides, provoque une paralysie des postérieurs qui s’aggrave 1 à 4 semaines après l’exposition ; une carence en vitamine B1 liée à une ration déséquilibrée donne aussi une faiblesse de l’arrière-train [6]. Signalez tout contact avec un produit chimique.

Les causes tumorales

Le lymphome est la tumeur la plus fréquente de la moelle épinière du chat, devant les tumeurs de la colonne vertébrale qui compriment secondairement la moelle, les méningiomes et les tumeurs gliales [3]. Ces atteintes évoluent le plus souvent lentement, mais un début aigu ou subaigu reste relativement fréquent : une tumeur peut donc se révéler par une perte d’appui installée en quelques jours. Deux éléments orientent, la douleur, habituellement présente, et l’asymétrie des signes, plus marquée avec le lymphome [3]. Comme celui-ci s’inscrit souvent dans une atteinte généralisée, il s’accompagne fréquemment d’anorexie, d’abattement et d’amaigrissement : ces signes, même anciens, sont à signaler, car ils réorientent la recherche.

Un point conditionne vos attentes en consultation : une radiographie normale n’écarte pas une tumeur. Elle détecte les lésions qui rongent l’os, mais le lymphome vertébral y est rarement visible. Le diagnostic repose alors sur l’imagerie par résonance magnétique et l’analyse du liquide cérébrospinal. Chimiothérapie et chirurgie sont les options existantes, avec un pronostic à long terme réservé chez un chat déjà parétique [3;6].

Le cas du chat jeune

L’âge oriente le diagnostic. Avant 2 ans dominent les causes congénitales, infectieuses et métaboliques ; entre 2 et 8 ans, la maladie discale ; au-delà de 8 ans, les causes vasculaires et tumorales [3]. La péritonite infectieuse féline touche pour plus de la moitié des cas des chats de moins de 2 ans [7], et le lymphome médullaire a deux pics d’âge dont le premier concerne des animaux jeunes [3]. Un chat jeune n’est pas non plus à l’abri d’une cause vasculaire : un caillot peut se former sans dilatation de l’oreillette, parfois chez un chat par ailleurs sain [5].

Diagnostic et traitements mis en œuvre par le vétérinaire

Ce qui est évalué, et pourquoi

L’examen commence par des gestes simples et rapides : pouls fémoral, couleur des coussinets, température des extrémités, palpation des muscles des cuisses, auscultation cardiaque [3;5]. Une échocardiographie au chevet de l’animal confirme l’origine cardiaque et recherche le caillot [1].

Un geste mérite d’être expliqué, car il est souvent mal vécu : le vétérinaire pince fermement un doigt ou la queue pour vérifier si votre chat perçoit encore la douleur profonde [6]. Ce n’est pas de la brutalité : c’est le premier indicateur pronostique après une atteinte de la moelle, et sa disparition oriente vers un pronostic sombre [3]. La douleur oriente aussi la cause : maladie discale, traumatisme, fracture vertébrale, infection et tumeur de la moelle sont douloureux, l’atteinte ischémique de la moelle ne l’est pas [3].

Ce que change le délai

Quatre repères temporels existent, aucun n’est une promesse. Le délai écoulé entre l’événement et la prise en charge est en lui-même associé à une évolution moins favorable : c’est la raison la plus solide de partir tout de suite. En deçà de 6 heures, un traitement visant à dissoudre le caillot peut être envisagé au cas par cas [1], mais son bénéfice reste discuté : il améliore la recanalisation et la récupération fonctionnelle sans bénéfice de survie démontré, au prix d’effets indésirables graves fréquents. Après un traumatisme de la moelle, le traitement médical est plus utile engagé dans les premières heures. Enfin, sur une maladie discale opérable, un retard de plus de 24 heures après la perte de la perception douloureuse réduit les chances de récupération après chirurgie [6].

Ce que l’on peut dire du pronostic

Il dépend de la cause et de l’état à l’arrivée, pas d’une impression générale. Pour la thromboembolie aortique, les études récentes situent la survie jusqu’à la sortie d’hospitalisation autour de 30 à 40 % [1]. Les chats qui conservent une motricité, ou qui n’ont qu’un seul postérieur atteint, s’en sortent nettement mieux que ceux qui sont paralysés des deux côtés. Chez ceux qui passent le cap, un traitement de fond associant deux familles de médicaments anti-caillot est aujourd’hui privilégié, et des médianes de survie dépassant un an sont rapportées [1]. Les taux d’euthanasie très élevés que l’on lit parfois dépendent surtout du praticien et de la structure, pas de la maladie. Les corticoïdes, longtemps administrés dans les traumatismes de la moelle, font l’objet d’une controverse documentée et ne sont pas un traitement standard [3].

Questions fréquentes

Mon chat traîne ses pattes arrière depuis ce matin, est-ce que cela peut attendre demain ?

Non. Une perte d’appui apparue dans la journée impose un appel le jour même, y compris si votre chat semble calme. La cause la plus fréquente est une obstruction brutale de la circulation vers les postérieurs [2], et le délai avant prise en charge pèse sur l’évolution. Attendre le lendemain, c’est laisser passer les seules fenêtres où certaines options restent ouvertes.

Est-ce qu’il va remarcher ?

Cela dépend de la cause et de l’état à l’arrivée. Après une thromboembolie aortique, la survie jusqu’à la sortie d’hospitalisation se situe autour de 30 à 40 % dans les études récentes [1], et les chats qui conservent des mouvements volontaires ont un pronostic nettement plus favorable. Après une atteinte de la moelle, c’est la perception de la douleur profonde qui pèse le plus [3]. Seul votre vétérinaire peut situer votre chat dans ce cadre, après examen.

Il crie quand je le touche, est-ce que je peux lui donner quelque chose en attendant ?

Non, aucun médicament ne doit être administré sans avis vétérinaire, et surtout pas un antidouleur destiné à l’humain. La douleur initiale d’une obstruction de l’aorte est intense [5] : sa prise en charge relève de la clinique, dans les minutes qui suivent l’arrivée. Manipuler un chat dans cet état expose à une morsure.

Il est jeune et il ne sort pas, est-ce que cela peut quand même être le cœur ?

Oui. Dans environ 80 % des cas, la maladie cardiaque n’est pas connue au moment de l’accident [1], et un caillot peut se former sans dilatation de l’oreillette, parfois chez un chat par ailleurs sain [5]. Un mode de vie strictement en intérieur protège des traumatismes de la voie publique, pas des causes vasculaires ni des maladies infectieuses.

Consulter un vétérinaire

Une perte d’appui brutale sur les postérieurs justifie un appel vétérinaire immédiat, de jour comme de nuit. N’attendez pas l’ouverture de votre cabinet habituel : demandez le service d’urgence de garde. Pour trouver un praticien, consultez l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires.

En cas de suspicion d’exposition à un insecticide ou tout produit chimique, contactez le Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires (CNITV) : 04 78 87 10 40, cnitv.fr.

Références complètes

  1. Guillaumin J. Feline aortic thromboembolism: recent advances and future prospects. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2024.
  2. Rossi G., Stachel A., Lynch A. M., Olby N. J. Intervertebral disc disease and aortic thromboembolism are the most common causes of acute paralysis in dogs and cats presenting to an emergency clinic. Veterinary Record, 2020.
  3. Negrin A., Schatzberg S., Platt S. The paralyzed cat: neuroanatomic diagnosis and specific spinal cord diseases. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2009.
  4. Arcuri G., Bresolin P., Guglielmini C. Treatment and prevention of cardiogenic arterial thromboembolism in the cat: a systematic review. Animals, 2025. doi.org
  5. Kittleson M. D. Arterial thromboembolism in dogs and cats. MSD Veterinary Manual, version professionnelle, mise à jour mai 2025. msdvetmanual.com
  6. Thomas W. B. Disorders of the spinal column and cord in cats. MSD Veterinary Manual, version propriétaires, mise à jour septembre 2024. msdvetmanual.com
  7. European Advisory Board on Cat Diseases (ABCD). Feline infectious peritonitis, fact sheet. ABCD, juin 2024. abcdcatsvets.org

Orientation, hors numérotation : Ordre national des vétérinaires, annuaire des praticiens ; Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires, cnitv.fr.