Un chat qui a mal le montre peu : il se tait, se tient tranquille et change ses habitudes en silence. Sa posture, son visage et sa façon de bouger sont pourtant des indices fiables, à condition de savoir les lire et de les comparer d’une semaine à l’autre [1;3].

Comment savoir si votre chat souffre : quelle est la position d’un chat qui souffre, et quand consulter ? Un chat qui souffre se tient ramassé, le dos voûté et la tête basse, le ventre rentré ou tendu ; son visage se crispe, et il se cache ou fait moins sa toilette. À l’inverse, un chat qui dort en boule, détendu, est confortable [1;3]. Un changement d’habitude qui s’installe (il ne saute plus, néglige sa toilette, se cache, évite la litière) justifie un rendez-vous dans la semaine. Une respiration difficile, un chat qui pousse sans uriner, un chat prostré ou une douleur apparue brutalement justifient un appel vétérinaire immédiat.

Cet article présente les signes à surveiller, ce qui trompe, une grille d’observation à remplir à la maison pour repérer ce qui change et suivre son évolution, puis ce que fait le vétérinaire.

Signes à surveiller

Appel vétérinaire immédiat si votre chat :

  • respire difficilement ;
  • pousse dans la litière sans uriner ;
  • reste prostré : immobile, tendu et distant. C’est l’un des tableaux d’une douleur sévère [3], mais d’autres causes sont possibles, et seul le vétérinaire peut les distinguer ;
  • a mal brutalement : après une chute, boiterie ou pattes arrière atteintes d’un coup, ventre douloureux, cris, ou il ne mange plus du tout.

Consultation le jour même si votre chat adulte mange très peu depuis 24 heures : une anorexie (refus de manger) qui dure ne serait-ce que 24 heures peut retentir gravement sur sa santé [8].

Rendez-vous dans la semaine si, depuis quelques jours, votre chat :

  • ne saute plus, ou saute moins haut, hésite avant de sauter ;
  • néglige sa toilette (poil terne, gras ou emmêlé), ou au contraire lèche avec insistance une même zone ;
  • se cache, recherche moins le contact, se frotte moins contre vous ;
  • évite la litière, a du mal à y entrer ou fait à côté : une malpropreté récente a plus de chance d’avoir une cause médicale, et la douleur en fait partie [7] ;
  • mange un peu moins, ou mange autrement.

Aucun signe n’est obligatoire, et la plupart suffisent à eux seuls à évoquer une douleur ; un changement à la litière, à lui seul, ne la prouve pas. Plusieurs signes ensemble rendent la douleur plus probable qu’un seul [5].

Ce qui trompe : boule détendue, faux sommeil, « il vieillit »

Position chat qui souffre : chat ramassé dos voûté tête basse, comparé à un chat détendu dormant en boule
En boule et détendu, il est confortable ; ramassé, voûté, tête basse, il a probablement mal.

La position en boule n’est pas un signe de douleur à elle seule. Un chat qui dort enroulé, les muscles relâchés, est en général confortable ; un chat qui s’étire après s’être reposé, même après une opération du ventre, va bien. Un chat douloureux ne dort pas ainsi : il reste ramassé, tendu, les pattes sous lui, la tête plus basse que les épaules [1;3]. Mais une posture détendue à un moment donné n’écarte pas une douleur chronique : aucun signe n’est obligatoire, c’est l’ensemble de la grille qui compte [5].

Le faux sommeil. Un chat qui a mal peut rester immobile, les yeux mi-clos, et paraître se reposer. Ce qui le distingue d’un vrai repos : une posture ramassée, des yeux plissés et une tête basse [3]. Un chat effrayé peut aussi se figer : observez-le chez lui, au calme, plutôt qu’en consultation [1;3].

« Il vieillit. » La douleur chronique du chat s’installe lentement et passe souvent pour un effet de l’âge : il dort plus, saute moins, joue moins. Ces changements ne sont pas « normaux » pour l’âge : ce sont souvent les premiers signes d’une douleur [2;3].

Votre chat a-t-il mal ? La grille d’observation

Les signes de douleur chronique du chat se voient surtout à la maison, et c’est vous qui êtes le mieux placé pour les repérer [2]. La grille ci-dessous reprend les domaines que les recommandations internationales demandent d’observer [3;5;7]. La posture en est une ligne, parmi d’autres.

Chat qui souffre signes au visage : oreilles écartées, yeux plissés, museau tendu et moustaches raides
Les quatre zones du visage à regarder : oreilles, yeux, museau, moustaches.

Pour chaque ligne, comparez votre chat à ce qu’il faisait avant (avant la maladie, ou quand il allait bien), et notez l’une de ces quatre réponses : comme avant / un peu changé / nettement changé / ne le fait plus.

Grille d’observation
LigneCe que vous observezCe qui évoque une douleur
Posture et reposcomment il se tient, assis et couchéramassé, dos voûté, tête basse, ventre rentré ; ne s’étire plus, ne dort plus étendu ni en boule détendu
Visageoreilles, yeux, museau, moustachesoreilles écartées et tournées vers l’extérieur, yeux plissés, museau tendu et aplati, moustaches raides portées vers l’avant
Mouvements et sautsmarche, course, sauts vers le haut et vers le bas, escaliersraideur, boiterie, hésitation, saute moins haut, descend en plusieurs fois
Toilettepelage, zones léchéespelage terne, gras ou emmêlé ; léchage insistant d’une zone
Appétitquantité, façon de mangermange moins, mâche d’un côté, laisse tomber sa nourriture
Litièreentrée, posture, endroitentre difficilement, pousse, fait à côté
Sommeil et cachettesdurée, lieu, réveilsdort plus, change d’endroit, se cache, se réveille la nuit
Caractère et contactsjeu, caresses, être portéjoue moins, se frotte moins, refuse d’être porté, grogne, plus irritable

Sources des lignes : ISFM, Steagall, 2022 ; Feline Grimace Scale, Evangelista, 2019 ; PLoS One, Merola, 2016 ; WSAVA, Monteiro, 2022 ; Thèse EnvA, Birembaux, 2022.

Les signes du visage viennent d’une échelle validée pour la douleur aiguë [4] : dans le suivi d’une douleur chronique, ils sont un repère parmi les autres lignes, pas une mesure à eux seuls.

Comment la lire. Cette grille est un relevé, pas un test : elle ne donne ni score ni seuil, et n’a pas été étudiée comme outil. Elle vous aide à repérer ce qui a changé, combien de lignes changent et dans quel sens d’une semaine à l’autre, et à le montrer au vétérinaire. C’est lui qui conclut à une douleur et en estime l’intensité, avec son examen et, pour l’arthrose, des questionnaires validés remplis par le propriétaire, qui mesurent la sévérité de la douleur et son évolution [2;3].

La check-list arthrose en six questions

Pour la douleur liée à l’arthrose, une check-list validée (testée sur des chats arthrosiques et des chats sains) pose six questions au propriétaire. Votre chat, aujourd’hui, peut-il normalement : courir ? sauter vers le haut ? sauter vers le bas ? monter les escaliers ? les descendre ? poursuivre un jouet ou une proie ? Un seul « non » suffit à demander un examen. L’inverse n’est pas vrai : six « oui » n’écartent pas une douleur, car, dans l’étude, la check-list a laissé passer plus de quatre chats arthrosiques sur dix quand le propriétaire n’était pas averti de la maladie [2;3;6]. C’est un outil de dépistage, pas un diagnostic.

Pour aller plus loin : une grille française de la douleur chronique

Une thèse vétérinaire soutenue à l’École nationale vétérinaire d’Alfort en 2022 propose une grille française d’évaluation de la douleur chronique du chat. Elle compte trois parties : un questionnaire rempli par le propriétaire (sommeil, toilette, alimentation, déplacements, litière, jeu, relations avec la famille), une note du vétérinaire après examen, et une observation filmée du chat en consultation. Testée sur 56 chats, elle donne des résultats plus élevés chez les chats malades que chez les chats sains. Son autrice juge la partie observation filmée répétable (un même observateur retrouve les mêmes résultats), mais l’outil pas encore valide (il ne mesure pas encore correctement la douleur) : il ne distingue pas bien une douleur légère d’une douleur modérée, et doit faire l’objet d’autres études [7]. Elle a inspiré les lignes de la grille ci-dessus ; son score n’est pas encore utilisable en consultation courante, ni pour le suivi à la maison.

Douleur aiguë, douleur chronique : ce qui change

La douleur aiguë, dans sa forme typique, protège une zone lésée : elle est proportionnée à la lésion et cesse quand celle-ci guérit [3]. Elle apparaît d’un coup : une chute, une plaie, une crise urinaire, une douleur au ventre. Le visage du chat la reflète bien : la Feline Grimace Scale, échelle des expressions du visage validée pour la douleur aiguë, existe en application gratuite en français [3;4].

La douleur chronique dure au-delà de la guérison attendue ; on la dit chronique après trois mois, un seuil que les recommandations jugent arbitraire [2;3]. Elle devient maladaptative (elle ne protège plus rien) : le système nerveux s’emballe, amplifie la douleur, et elle peut persister même sans lésion qui l’explique. Plus elle dure, plus elle est difficile à traiter, d’où l’intérêt de la repérer tôt [2]. Ses signes s’installent le plus souvent progressivement, sur des mois : c’est pour elle que le suivi par la grille est fait.

Ces deux formes sont des repères, pas des cases : les recommandations décrivent un continuum, et une douleur ancienne mêle souvent plusieurs mécanismes [2;3]. Les deux peuvent se superposer : un chat arthrosique peut avoir une poussée douloureuse brutale, qui relève alors de l’appel vétérinaire immédiat [3].

Que pouvez-vous faire à la maison ?

  1. Remplir la grille une fois par semaine, au même moment, même jour, même heure. Gardez les grilles successives : c’est leur comparaison qui montre l’évolution.
  2. Filmer ce qui change : un saut, une descente, la marche, l’entrée dans la litière. Cadrez le chat entier, filmez toute la séquence, avec une bonne lumière [2]. Une vidéo montre au vétérinaire ce que le chat cache en consultation [3].
  1. Ne lui donner aucun médicament humain. Le paracétamol est strictement contre-indiqué chez le chat : il provoque une atteinte grave des globules rouges (méthémoglobinémie, le sang ne transporte plus l’oxygène) [3]. Les anti-inflammatoires humains ont une marge de sécurité étroite chez l’animal : ils sont à utiliser avec prudence ou pas du tout, et seulement sur prescription vétérinaire [3].
  1. Aménager son espace : une rampe ou des marches pour garder l’accès à ses hauteurs, une litière à bord bas, des tapis antidérapants, des coins de repos calmes et moelleux, pas trop loin de ses gamelles et de sa litière [2].
Chat douleur arrière train : aménagement de la maison avec rampe, litière à bord bas et couchage moelleux
  1. Garder un poids juste et une activité douce : la gestion du poids fait partie des mesures les mieux démontrées contre la douleur de l’arthrose, avec les traitements prescrits par le vétérinaire, et l’exercice entretient la mobilité [3]. Un amaigrissement se fait avec votre vétérinaire. Allonger ses repas avec un jouet distributeur aide aussi à contrôler le poids [3].
  2. Respecter ses choix : le laisser venir aux caresses et au jeu, limiter les manipulations qui le contrarient [2].

Causes possibles

L’arthrose (maladie dégénérative des articulations) est la première cause de douleur chronique chez le chat. Elle touche plus de la moitié des chats étudiés, et la majorité des chats de plus de 10 ans en montrent des signes [2]. Souvent présente des deux côtés, elle rend le chat raide plutôt que boiteux [7].

Les autres causes de douleur chronique sont la bouche (maladie parodontale, inflammation chronique des gencives et de la bouche), certains cancers, une hernie discale, une atteinte des nerfs (après une amputation par exemple) et la cystite (inflammation de la vessie) [2;3]. Leur traitement est décidé par le vétérinaire.

Chez le vétérinaire : examen et suivi

Le vétérinaire observe d’abord votre chat à distance (posture, visage, intérêt pour ce qui l’entoure), le regarde sauter de la table et marcher, puis palpe ses articulations et son dos : un chat douloureux se crispe, change de voix ou s’écarte [2;3]. Il s’appuie sur vos grilles et vos vidéos, et peut vous confier un questionnaire de suivi rempli à la maison, comme la check-list en six questions pour dépister, puis un questionnaire de suivi validé ou des mesures choisies avec vous selon les activités de votre chat [3].

Les radiographies peuvent compléter l’examen, mais une image normale n’écarte pas une douleur : le comportement du chat prime [2]. Le premier contrôle après la mise en place d’un traitement est fixé par le vétérinaire, selon le traitement et la réponse de votre chat ; ensuite, la douleur chronique se réévalue régulièrement, tous les 3 à 6 mois, et plus tôt si vos grilles changent [2].

Questions fréquentes

Comment savoir si mon chat souffre en silence ?

Le chat masque sa douleur : il gémit rarement, il change ses habitudes [3]. Cherchez ce qui a changé : il saute moins, se cache, fait moins sa toilette, mange autrement, se frotte moins contre vous [5]. Un chat qui ronronne peut avoir mal [7].

Comment se positionne un chat qui a mal au ventre ?

Une douleur au ventre peut donner une posture voûtée, le ventre rentré ou tendu, les muscles des flancs contractés [1;3]. Cette posture ne dit pas où il a mal : le dos voûté est un signe de douleur en général [5], et seul l’examen localise la douleur. Une douleur au ventre apparue brutalement, un chat qui pousse dans la litière sans uriner, respire mal ou reste prostré : appelez votre vétérinaire immédiatement.

Comment soulager un chat qui a mal ?

En consultant : seul le vétérinaire peut prescrire un antidouleur adapté au chat. En attendant, offrez-lui un couchage chaud et propre, une cachette, un accès facile à l’eau, à la nourriture et à la litière [2;3]. Ne lui donnez jamais de médicament humain : le paracétamol lui est toxique.

Quels sont les signes comportementaux d’un chat qui va mourir ?

Cet article ne traite pas de la fin de vie. Pour la douleur, quand elle ne se contrôle plus malgré le traitement et que la qualité de vie de votre chat se dégrade, les recommandations internationales demandent d’envisager l’euthanasie avec le vétérinaire [3]. Vos grilles successives lui montrent comment les choses évoluent.

Comment savoir si mon chat souffre ? Existe-t-il une grille ?

La grille d’observation de cet article est un relevé à remplir chaque semaine, pour repérer ce qui change et le montrer à votre vétérinaire. La check-list arthrose en six questions sert au dépistage. Pour suivre une douleur liée à l’arthrose, le vétérinaire utilise d’autres questionnaires validés. Aucun de ces outils ne remplace son examen [2;3;6].

Consulter un vétérinaire

Une douleur, aiguë ou chronique, se soigne chez le vétérinaire. Apportez vos grilles et vos vidéos. Pour une respiration difficile, un chat qui pousse sans uriner, un chat prostré ou une douleur apparue brutalement, appelez immédiatement. Pour trouver un vétérinaire près de chez vous, consultez l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires.

Références complètes

  1. 2022 ISFM Consensus Guidelines on the Management of Acute Pain in Cats, Steagall PV et al. (2022-01), Journal of Feline Medicine and Surgery (ISFM). https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10845386/
  2. 2022 AAHA Pain Management Guidelines for Dogs and Cats (2022-03), AAHA (Journal of the American Animal Hospital Association). https://www.aaha.org/aaha-guidelines/2022-aaha-pain-management-guidelines-for-dogs-and-cats/
  3. 2022 WSAVA guidelines for the recognition, assessment and treatment of pain, Monteiro BP, Lascelles BDX, Murrell J, Robertson S, Steagall PVM, Wright B (2022), WSAVA Global Pain Council (Journal of Small Animal Practice). https://www.fecava.org/2022-wsava-guidelines-for-the-recognition-assessment-and-treatment-of-pain/
  4. Facial expressions of pain in cats: the development and validation of a Feline Grimace Scale, Evangelista MC, Watanabe R, Leung VSY, Monteiro BP, O’Toole E, Pang DSJ, Steagall PV (2019-12), Scientific Reports. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6911058
  5. Behavioural Signs of Pain in Cats: An Expert Consensus, Merola I, Mills DS (2016-02), PLoS One. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4765852
  6. Development of a checklist for the detection of degenerative joint disease-associated pain in cats, Enomoto M, Lascelles BDX, Gruen ME (2020-03), Journal of Feline Medicine and Surgery. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7736399
  7. Grille d’évaluation de la douleur chronique chez le chat : mise en place et évaluation, Birembaux C (2022-10), DUMAS (thèse d’exercice, EnvA). https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03979190/file/A-2022-067.pdf
  8. Anorexia, Cornell Feline Health Center. https://www.vet.cornell.edu/departments-centers-and-institutes/cornell-feline-health-center/health-information/feline-health-topics/anorexia